Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche

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Pourquoi ranger les jouets déclenchait une crise chaque matin

22 mai 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Grégory Alphonse, fort de 17 années en maison d'accueil spécialisée et 3 ans en libéral, partage son expertise en troubles du neurodéveloppement avec une approche chaleureuse et concrète. Formateur passionné ayant accompagné plus de 1000 professionnels, il raconte une anecdote marquante sur Maëlyse, une petite fille du Lamentin dont les matins étaient rythmés par des crises au moment de ranger les jouets. Grâce à son sens aigu de l'observation et sa capacité à décrypter les comportements, Grégory a identifié que ces crises étaient liées à des difficultés de transition et un besoin de routine. Il a mis en place des rituels simples, comme l'utilisation d'un timer visuel et de pictogrammes, pour aider Maëlyse à anticiper les changements. Cette intervention a transformé le quotidien de la famille, passant des tensions matinales à une sérénité retrouvée. Grégory souligne l'importance de ne pas diagnostiquer, mais de repérer et d'outiller les parents et professionnels avec des stratégies adaptées, toujours avec bienveillance et humanité. Il invite à l'échange pour partager son expérience et accompagner ceux qui en ont besoin.

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Pourquoi ranger les jouets déclenchait une crise chaque matin

Ah, les matins... ce moment où le soleil martiniquais commence à taper fort, où l'air est encore doux et où, normalement, tout devrait rouler. Mais chez certains, c'est le début des hostilités. Je me souviens de ma première année en libéral, après mes 17 ans en structure spécialisée. J'avais cette impression de revenir à zéro, mais avec des situations tellement plus diverses, plus ancrées dans le quotidien des familles.

Je me revois débarquer un matin au Lamentin, chez la petite Maëlyse, 4 ans. Une petite puce vive, avec des yeux pétillants, mais dont les parents étaient à bout. Chaque matin, c'était la même rengaine : l'heure de ranger les jouets pour aller à l'école se transformait en champ de bataille. Cris, pleurs, objets lancés... Un véritable rituel de l'enfer, me racontait sa maman, Anissa, avec un soupir de fatigue. Son papa, Marc, qui travaillait de nuit, était exaspéré par le manque de sommeil et cette tension permanente.

Les cris du matin : une histoire de routine et de transitions

Quand Anissa m'a appelée, elle m'a dit : « Monsieur Alphonse, je ne sais plus quoi faire. Maëlyse est adorable le reste du temps, mais ce rangement, c'est une horreur. On dirait qu'elle le fait exprès ! » Je lui ai tout de suite répondu : « Non, Anissa, un enfant ne fait jamais exprès de souffrir ou de vous mettre à bout. Il y a toujours une raison. » C'est la base de ma philosophie, tu sais. On creuse, on cherche la fonction du comportement. Et souvent, la raison, elle est dans les fameuses transitions.

Les transitions, c'est ce passage d'une activité à une autre. Pour nous adultes, c'est souvent naturel : on finit de lire, on pose le livre, on prend les clés, on part. Pour beaucoup d'enfants, et encore plus pour ceux qui ont des Troubles du Neurodéveloppement (TND) comme un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA) ou un Trouble Déficitaire de l'Attention avec Hyperactivité (TDAH), ces changements peuvent être de véritables montagnes russes émotionnelles. On parle de TSA quand il y a des difficultés dans les interactions sociales, la communication, et des comportements répétitifs. Le TDAH, c'est plutôt des difficultés d'attention, une hyperactivité et/ou une impulsivité. Et les deux peuvent rendre les transitions très compliquées.

Maëlyse, comme je l'ai vite compris, était une championne des routines bien établies. Non pas par caprice, mais par besoin. Les routines, c'est le squelette de la journée, ça apporte une prévisibilité, ça réduit l'anxiété. Quand on sort de cette routine sans préparation, c'est comme si on nous arrachait notre point d'ancrage. Imagine, toi, qu'on te demande de changer de voiture en pleine autoroute, sans préavis. C'est un peu ça pour eux.

Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche
Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche

L'observation, le premier pas vers la compréhension

Pendant une semaine, je suis venu chaque matin, juste avant l'heure fatidique du rangement. J'observais tout : l'ambiance de la maison, comment Anissa et Marc interagissaient avec Maëlyse, la luminosité, même le bruit du ventilateur. C'est là que j'ai réalisé quelque chose de crucial. Maëlyse était en plein jeu, souvent avec des personnages ou des feutres (elle adorait dessiner, c'était son échappatoire). Anissa arrivait et disait : « Allez Maëlyse, on range les jouets, il est l'heure de partir ! » Paf, comme ça, d'un coup, sans préavis clair. Pour Maëlyse, c'était comme un coup de tonnerre dans un ciel serein.

J'ai noté aussi qu'elle avait une certaine hypersensibilité auditive. Le bruit de la boîte à jouets qui claque, le timbre de voix un peu plus tendu d'Anissa, tout ça la submergeait. L'hypersensibilité, c'est quand un de nos sens (vue, ouïe, toucher, etc.) est beaucoup plus réactif aux stimuli que la moyenne. Un son normal pour nous peut être une agression pour eux.

« Un enfant qui a des difficultés n'est pas un enfant qui fait des caprices. C'est un enfant qui a besoin d'être compris et accompagné. »

Mettre en place des rituels de transition : la solution pour Maëlyse

J'ai proposé à Anissa et Marc de mettre en place des rituels de transition. L'idée, c'est de signaler l'imminence du changement. On a commencé par des choses simples. D'abord, un timer visuel : une petite minuterie de cuisine que Maëlyse pouvait voir diminuer. Quand le temps était presque écoulé, Anissa lui disait : « Maëlyse, dans 5 minutes, on range. »

Ensuite, on a introduit des pictogrammes. C'est un système de communication par l'image, super efficace pour les enfants qui ont du mal avec le langage verbal, ou qui ont besoin de visualiser les étapes. Sur une petite bande, on a mis : "dessiner" -> "ranger" -> "sac à dos" -> "école". Maëlyse adorait cocher les cases au fur et à mesure. Ça lui donnait un sentiment de contrôle, tu comprends ?

Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table
Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

Et puis, le rangement lui-même. Plutôt que de dire « range tout », on a décomposé la tâche. « On range d'abord les feutres, puis les dessins, puis les figurines. » Et Anissa s'asseyait avec elle, rangeait avec elle les premières fois. Pas pour faire à sa place, mais pour modéliser, pour l'aider à démarrer, un peu comme une co-régulation. C'était un moment de partage, plus un moment d'injonction. Marc, de son côté, a commencé à anticiper son réveil pour être présent et apaiser les choses si besoin.

Les résultats et l'importance de l'adaptation

Les premiers jours, ce n'était pas parfait, bien sûr. Il y a eu des résistances. Mais au bout d'une semaine et demie, les crises avaient quasiment disparu. Maëlyse était beaucoup plus sereine. Le matin, elle savait ce qui allait se passer. Elle anticipait, et ça, c'est la clé. Le stress lié à l'inconnu, à l'imprévu, s'était envolé.

Un matin, Anissa m'a accueilli avec un grand sourire. « Grégory, vous n'allez pas croire ! Ce matin, Maëlyse a rangé ses feutres toute seule, et elle a même pointé le picto 'sac à dos' en disant 'école !' avec un grand sourire. C'est magique ! » Ce sont ces moments-là qui me font tenir, tu sais. Voir une famille retrouver un peu de paix, c'est ma plus belle récompense.

Mains d'un adulte tenant la main d'un tout-petit
Mains d'un adulte tenant la main d'un tout-petit

Il est important de rappeler qu'on ne diagnostique pas en tant que formateur ou accompagnant. Repérer des signes, oui, ça c'est notre rôle. Émettre des hypothèses pour mieux accompagner, c'est essentiel. Mais le diagnostic, c'est le travail des médecins spécialistes, avec une équipe pluridisciplinaire. Mon rôle, c'est d'outiller les parents et les professionnels, de leur donner des clés de lecture et des stratégies concrètes.

Ce cas de Maëlyse, c'est un exemple parmi tant d'autres. Que ce soit une écholalie (répétition de mots ou phrases) qui gêne la communication, des stéréotypies (mouvements répétitifs) qui peuvent être des auto-stimulations apaisantes, ou des difficultés avec les PECS (système de communication par échange d'images) ou le MAKATON (langue des signes adaptée), chaque enfant est unique et demande une approche sur-mesure. La chaleur humaine, la patience et une bonne dose de créativité sont nos meilleurs outils ici, sous les tropiques comme ailleurs.

Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

Si vous aussi, vous rencontrez des défis avec les transitions, les routines, ou si vous souhaitez mieux comprendre les comportements de vos enfants ou des personnes que vous accompagnez, n'hésitez pas à me laisser un message. Je serai ravi d'échanger avec vous et de voir comment je peux vous accompagner, vous ou votre équipe, pour apporter un peu plus de sérénité au quotidien. C'est ensemble qu'on avance, main dans la main, pour le bien-être de nos marmailles.

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Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.