
Le résumé de l'article
Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.
Grégory Alphonse, formateur spécialisé dans les troubles du neurodéveloppement, partage son expertise issue de 17 années en maison d'accueil spécialisée et 3 ans en libéral. Ce père de deux enfants, jovial et passionné, aborde la question des stéréotypies, comme le balancement ou les mains qui battent, des comportements fréquents chez les personnes autistes. Il explique avec des anecdotes concrètes et un langage accessible comment ces gestes sont en réalité des mécanismes d'auto-régulation face au stress ou à la surcharge sensorielle. Grégory insiste sur l'importance de comprendre la fonction de ces comportements plutôt que de chercher à les supprimer brutalement, ce qui pourrait engendrer plus de difficultés. Il propose des stratégies d'accompagnement bienveillantes, allant de l'aménagement de l'environnement à l'enseignement de compétences d'auto-régulation, toujours dans le respect de la personne. Son objectif est d'aider les professionnels et les parents des Antilles à mieux accompagner les personnes présentant des TND, en démystifiant des situations du quotidien.
Le balancement, les mains qui battent : faut-il les arrêter ?
Ah, les fameuses stéréotypies ! C'est un sujet qui revient souvent lors de mes formations, que ce soit à Fort-de-France, au Lamentin ou même du côté de Basse-Terre en Guadeloupe. Les mains qui battent, le balancement incessant, des bruits répétitifs... On me demande souvent : « Grégory, est-ce qu'on doit empêcher ça ? Est-ce que c'est grave ? »
Laissez-moi vous raconter une petite histoire, comme on en vit tant sur le terrain.
Il y a quelques années, j'intervenais auprès d'une petite Léana, 6 ans, en classe de CP à Saint-Joseph. Léana était une enfant charmante, les yeux pétillants, mais elle avait ses moments. Dès qu'une consigne la mettait en difficulté, ou que le bruit ambiant devenait trop intense – et croyez-moi, une cour de récréation sous le soleil martiniquais, ça peut être une vraie cacophonie pour des oreilles sensibles ! – elle commençait à se balancer d'avant en arrière, et ses petites mains tapaient l'une contre l'autre, comme des ailes de colibri. Paf-paf-paf. Régulier, parfois de plus en plus fort. La maîtresse, une femme formidable mais un peu désemparée par ces comportements, me disait souvent : « Grégory, elle n'écoute plus rien quand elle fait ça ! J'ai l'impression qu'elle est dans sa bulle. »
Et elle avait raison, Léana était dans sa bulle. Une bulle de survie, devrais-je dire.
C'est quoi, une stéréotypie ?
Pour faire simple, une stéréotypie, c'est un geste, un son, un mouvement répétitif, sans but apparent. On les retrouve beaucoup chez les personnes avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA), mais pas que ! On peut tous avoir des stéréotypies à petite échelle : se ronger les ongles quand on est stressé, faire des tours avec son stylo en réfléchissant, se balancer sur sa chaise... La différence avec les TSA, c'est l'intensité, la fréquence et le fait que ça peut être un vrai obstacle dans certaines situations.
Le balancement de Léana, les mains qui battent, ce sont des stéréotypies motrices. On parle aussi d'auto-stimulation ou de stimming. Et le mot-clé ici, c'est auto-régulation.
« Le corps sait ce qu'il a à faire pour se sentir mieux. »
C'est une phrase que j'aime bien dire. Imaginez que Léana est comme une cocotte-minute. Quand la pression monte – trop de bruit, trop de consignes, trop d'émotions –, il faut que ça sorte. Et ces mouvements répétitifs sont sa soupape de sécurité. Ça lui permet de se calmer, de gérer le trop-plein sensoriel ou émotionnel, de retrouver un équilibre interne. C'est son moyen à elle de s'apaiser, de se recentrer.

Faut-il les arrêter ?
C'est la question à un million de dollars ! Et la réponse est souvent... non, pas directement. Ou du moins, pas n'importe comment.
Si vous essayez d'arrêter brutalement une stéréotypie, c'est comme si vous bouchiez la soupape de la cocotte-minute. La pression va continuer de monter, et ça risque de finir par exploser d'une autre manière : une crise de colère, des auto-mutilations (se mordre, se taper la tête...), ou un retrait total. J'ai vu des enfants se faire mal en essayant de retenir leurs stimulations. Ça fait mal au cœur.
Alors, que faire ? Mon approche, c'est d'abord de comprendre pourquoi la personne stimule. Quelle est la fonction de ce comportement ? Est-ce pour :
- Gérer le stress ou l'anxiété ? (Comme Léana avec le bruit)
- S'auto-stimuler quand il y a un manque de stimulation ? (Dans un environnement trop calme, par exemple)
- Exprimer de la joie ou de l'excitation ? (Certains enfants "flappent" des mains quand ils sont super contents !)
- Faire face à une surcharge sensorielle ? (Trop de lumière, trop d'odeurs...)
Une fois qu'on a une idée de la fonction – et pour ça, il faut observer, noter, demander aux parents et aux autres pros – on peut agir de manière plus pertinente.

Je me souviens d'un petit Yanis, en moyenne section, qui faisait beaucoup d'écholalie (il répétait les derniers mots qu'il entendait, comme un écho, sans forcément comprendre le sens). Les autres enfants se moquaient, et les adultes s'impatientaient. On a compris qu'il faisait ça surtout quand il était perdu dans la consigne. Plutôt que de lui dire « Arrête de répéter ! », on a mis en place des supports visuels : des pictogrammes (des petites images qui représentent des actions ou des objets) pour l'aider à suivre les étapes. Et l'écholalie a diminué, car il se sentait plus en sécurité, plus compris.
Des pistes d'action concrètes
1. Observer et comprendre : C'est la base de tout. Quand est-ce que ça arrive ? Avant quoi ? Après quoi ? Qu'est-ce qui semble le déclencher ou l'apaiser ? Un petit carnet d'observation, c'est précieux. On n'est pas là pour diagnostiquer – ça, c'est le rôle des médecins, des pédopsychiatres – mais pour repérer et comprendre ce qui se passe pour mieux accompagner.
2. Aménager l'environnement : Si c'est une surcharge sensorielle, on peut agir sur l'environnement. Pour Léana, on a proposé un casque anti-bruit pour la récréation et un coin calme dans la classe où elle pouvait aller quand elle en sentait le besoin. Une lumière plus tamisée, moins de stimuli visuels... Chaque petit changement peut faire une grande différence.
3. Proposer des alternatives acceptables : Plutôt que d'interdire, on peut rediriger. Pour un enfant qui mord, on peut proposer un collier de mastication (un bijou spécialement conçu pour être mâché). Pour quelqu'un qui se balance, on peut suggérer un gros coussin à presser, une balançoire extérieure, ou même un petit trampoline. L'idée, c'est de garder la fonction d'auto-régulation, mais avec un comportement moins visible ou moins impactant.

4. Enseigner des compétences d'auto-régulation : Ça, c'est un travail de fond. Apprendre à l'enfant à identifier ses émotions, à demander de l'aide, à communiquer ses besoins. On peut utiliser des outils comme le PECS (Système de Communication par Échange d'Images) ou le MAKATON (un programme qui combine signes, pictogrammes et langage oral) pour ceux qui ont des difficultés avec le langage parlé. On peut aussi leur apprendre des techniques de respiration simples, par exemple.
5. Ignorer si la stéréotypie n'est pas nocive : Si le comportement n'est pas dangereux pour la personne ou pour les autres, et qu'il ne gêne pas l'apprentissage ou la vie sociale, parfois, la meilleure chose à faire est de ne rien faire. Un balancement léger, des mouvements de doigts discrets... Pourquoi intervenir si ça aide la personne à être bien ? L'acceptation est un pilier fondamental de l'accompagnement.

L'importance de la bienveillance
Le plus important dans tout ça, c'est la bienveillance. Ces comportements ne sont pas là pour nous embêter, ce sont des tentatives de la personne de gérer un monde qui est souvent trop intense, trop imprévisible, trop bruyant pour elle. Ils communiquent quelque chose.
Alors, la prochaine fois que vous verrez quelqu'un se balancer ou "flapper" des mains, posez-vous la question : « De quoi a-t-il besoin en ce moment ? » Et non pas : « Comment l'arrêter ? » C'est un changement de perspective qui change tout.
Si ces sujets vous parlent, si vous vous reconnaissez dans ces situations de terrain, que vous soyez parent, éducateur, enseignant, ou professionnel de santé, n'hésitez pas à me laisser un message. On peut échanger, je peux venir dans votre structure pour une formation adaptée à vos besoins spécifiques. J'adore ces moments de partage où on se donne des astuces concrètes, où on apprend ensemble à mieux accompagner nos jeunes et moins jeunes de la Martinique et de la Guadeloupe. Ça me met de la baume au cœur !
Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?
Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.
