
Le résumé de l'article
Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.
Grégory Alphonse, formateur expérimenté en troubles du neurodéveloppement (TND), partage une anecdote touchante et instructive sur son parcours en libéral. Après 17 ans en structure, Grégory se lance et rencontre Kylian, un enfant de 5 ans dont l'énergie débordante interpelle sa maîtresse. Avec sa pédagogie habituelle, Grégory explique comment différencier une simple agitation enfantine du TDAH, un trouble neurologique impactant l'attention, l'impulsivité et l'hyperactivité. Il insiste sur l'importance de son rôle de repérage, sans diagnostic, et des aménagements personnalisés. Grâce à des stratégies concrètes mises en place en classe et à la maison, comme un coin calme ou des pauses motrices, Kylian retrouve un équilibre et une meilleure qualité de vie. Grégory, avec son approche chaleureuse et concrète, démontre que l'adaptation est la clé pour accompagner ces enfants uniques, transformant un « petit cyclone » en un enfant plus serein. Il invite les professionnels et les parents à échanger pour approfondir leurs connaissances et bénéficier de ses formations.
TDAH ou simple énergie de petit garçon ? L'histoire de Kylian, un petit cyclone en herbe.
Je me souviens de ma première semaine en libéral, après 17 ans en structure. J'avais cette petite boule au ventre, ce mélange d'excitation et d'appréhension. J'étais habitué aux équipes, aux protocoles rodés. Là, j'étais seul avec mes connaissances, mon expérience, et ma passion. Et c'est là qu'une histoire a commencé, celle de Kylian. Un petit bout de chou de 5 ans, une vraie tornade. Mais attention, une tornade solaire, pleine de vie et de rires.
« Il est juste énergique, Grégory ! C'est un petit garçon ! »
C'est la phrase que j'ai entendue de la bouche de sa maîtresse, Mme Léontine, une femme adorable, mais un peu dépassée par Kylian. Elle m'avait appelé parce qu'elle sentait bien que quelque chose clochait. La directrice de l'école maternelle de Sainte-Anne m'avait dit : « Grégory, on a un petit là, Kylian, il court partout, il ne tient pas en place, il grimpe aux rideaux... Littéralement ! »
Quand je suis arrivé dans sa classe, un matin de carême, il faisait déjà une chaleur humide. Le ventilateur brassait l'air sans grande conviction. Les autres enfants étaient sagement assis sur leurs petites chaises, affairés à un coloriage. Et puis il y avait Kylian. Il était en train d'essayer d'attraper une petite araignée au plafond avec son feutre orange. Il riait aux éclats.

Je me suis approché de Mme Léontine. « Bonjour ! » Elle m'a souri, un peu résignée. « Vous voyez ? Il est adorable, mais épuisant. On dirait qu'il a une batterie qui ne se décharge jamais. »
J'ai passé la matinée dans la classe, discret, observant. Kylian n'arrêtait pas. Il se levait toutes les cinq minutes, courait toucher le mur, revenait à sa place, tapait du pied, jouait avec ses doigts, parlait tout seul à voix haute. Quand il était sensé écouter une histoire, ses yeux balayaient la pièce, son corps gigotait. Son attention était comme un papillon, elle volait de fleur en fleur sans jamais se poser longtemps.
« L'agitation n'est pas toujours de l'hyperactivité, mais l'hyperactivité est toujours de l'agitation. La nuance est subtile, mais essentielle. »
Repérer n'est pas diagnostiquer, et un pro ne diagnostique pas
La première chose que je tiens toujours à rappeler, c'est ça : mon rôle, mon travail, ce n'est pas de poser un diagnostic. Je ne suis pas médecin. Mon boulot, c'est de repérer les signaux, d'observer ce qui se passe et de donner des pistes aux parents et aux professionnels pour qu'ils puissent, si besoin, aller consulter les bonnes personnes. C'est comme un enquêteur. Je collecte les indices.
Dans le cas de Kylian, les indices étaient nombreux. Ce n'était pas juste un enfant « énergique ». Son agitation était constante, envahissante. Elle impactait tous les aspects de sa vie en classe : il avait du mal à suivre les consignes, à finir un travail, à interagir calmement avec ses camarades. Il oubliait souvent ses affaires, perdait le fil d'une conversation. Sa petite tête était comme une radio qui capte 10 stations en même temps, sans jamais se fixer sur une seule.
J'ai discuté avec les parents de Kylian, Chantal et Patrice. Ils étaient un peu démunis. « À la maison, c'est pareil, Grégory. On ne sait plus quoi faire. Il ne se pose jamais. Le soir, il s'endort tard, le matin, il est déjà debout à courir dans la maison. » Patrice, agriculteur au Lamentin, m'a confié : « On dirait qu'il a des fourmis dans les jambes, même quand il mange. »

Je leur ai expliqué ce que j'avais observé. Les difficultés de concentration, l'impulsivité (il coupait souvent la parole, répondait avant la fin de la question), et bien sûr, l'hyperactivité motrice, ce besoin irrépressible de bouger. Ce sont les trois piliers du TDAH, le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité. C'est un trouble neurologique qui affecte les fonctions exécutives du cerveau, comme la planification, la mémoire de travail, l'inhibition. En gros, le cerveau a du mal à filtrer les informations, à organiser les pensées et les actions.
Les aménagements, c'est la clé !
L'idée n'est pas de « calmer » Kylian pour en faire un enfant robot, sans joie. Au contraire ! L'idée, c'est de l'aider à mieux fonctionner, à mieux apprendre, à mieux vivre son quotidien, en s'adaptant à son fonctionnement neurologique.
Pour Kylian, on a mis en place plusieurs choses, en collaboration avec l'école et les parents :
- Un coin calme dans la classe : Un petit tapis, quelques coussins, et des objets sensoriels (une balle anti-stress, un petit livre d'images). Quand Kylian sentait la pression monter, ou quand il avait besoin de se recentrer, il pouvait y aller quelques minutes. Pas une punition, mais un outil. [IMAGE:coin-calme]
- Des pauses motrices régulières : Toutes les 20-30 minutes, une petite activité qui lui permettait de bouger. Aller distribuer les cahiers, arroser une plante, faire un petit tour dans la cour. Juste 2 minutes, mais ça changeait tout pour sa capacité à se reconcentrer après.
- Des supports visuels : Des pictogrammes pour les routines de la classe (quand on fait quoi, dans quel ordre). Ça aide à structurer le temps et à anticiper. Fini les « Qu'est-ce qu'on fait après ? » incessants.
- Des stratégies pour capter l'attention : Mme Léontine a appris à utiliser des petits signaux, comme poser sa main sur son épaule, ou utiliser son prénom en début de phrase. Des choses simples, mais qui permettaient à Kylian de s'ancrer dans le présent.
- Un travail sur l'estime de soi : Kylian était souvent repris, réprimandé. On a mis l'accent sur ses réussites, même les plus petites. « J'ai vu que tu avais fini ton dessin ! » « Tu as bien aidé ton camarade ! »
Le résultat ? Un petit bonhomme plus serein
Quelques mois plus tard, je suis retourné à l'école de Sainte-Anne. Il faisait toujours aussi chaud, mais l'ambiance avait changé. Kylian n'était pas devenu un enfant parfaitement calme et silencieux. Loin de là ! Il était toujours pétillant, plein de vie. Mais il était plus posé, plus attentif. Il participait davantage en classe, réussissait mieux ses travaux. Mme Léontine avait un sourire immense. « Grégory, c'est incroyable. Il est toujours notre petit cyclone, mais maintenant, c'est un cyclone qu'on arrive à mieux diriger ! » Elle m'a raconté qu'il arrivait même à rester concentré pendant 10 bonnes minutes sur un jeu de construction ! Un vrai exploit pour lui.
Chantal et Patrice étaient ravis. Ils avaient retrouvé un peu de sérénité à la maison. « On a même réussi à lire une histoire entière sans qu'il se lève ! » m'a dit Chantal, les yeux brillants.

Cette histoire de Kylian, c'est une de celles qui me rappellent pourquoi j'aime ce que je fais. Chaque enfant est unique, et derrière une « simple énergie » peut se cacher un besoin spécifique, une manière différente de fonctionner. Mon rôle, c'est d'aider à éclairer ce chemin, à trouver des solutions adaptées.
Si vous aussi, vous avez des Kylian dans votre entourage, des enfants qui vous interrogent par leur agitation, leur difficulté à se concentrer, ou leur impulsivité, n'hésitez pas. Un échange, une discussion, ça ne coûte rien. On peut regarder ensemble, observer, et voir si des aménagements simples pourraient faire la différence.
Si ces récits de terrain vous parlent, si vous êtes un professionnel de la petite enfance ou de l'éducation, ou même un parent qui se pose des questions, et que vous souhaitez aller plus loin, comprendre les troubles du neurodéveloppement, savoir comment accompagner au mieux ces enfants incroyables, contactez-moi. Je suis là pour ça. Envoyez-moi un message, et on pourra échanger sur vos besoins et les formations que je propose, ici, en Martinique et en Guadeloupe. À très vite !
Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?
Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.
