Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière

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La sieste impossible : le sommeil quand il y a un TND

8 juillet 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Grégory Alphonse, un véritable architecte du bien-être pour les enfants à besoins spécifiques, partage son expérience précieuse de formateur en troubles du neurodéveloppement en Martinique et Guadeloupe. Fort de 17 années passées en maison d'accueil spécialisée et ayant formé plus d'un millier de professionnels, il nous plonge dans le quotidien de Yohan, un enfant atteint de TSA, pour qui la sieste est un véritable défi. Avec une bienveillance et une capacité d'observation remarquables, Grégory décrypte l'hypersensibilité sensorielle et les stéréotypies de Yohan, transformant un moment d'agitation en une opportunité d'apprentissage. Il nous montre comment des solutions simples et adaptées, comme la création d'un coin calme et l'utilisation de pictogrammes, peuvent apporter prévisibilité et sérénité. Son approche chaleureuse et pragmatique, axée sur l'observation et l'adaptation individuelle, fait de lui une ressource inestimable. N'hésitez pas à échanger avec lui pour découvrir comment ses outils concrets peuvent transformer le quotidien.

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La sieste impossible : quand le sommeil se met en grève chez nos p'tits héros du quotidien

Ah, la sieste ! Pour certains, c'est une bénédiction, un doux moment de répit. Pour d'autres, c'est la croix et la bannière, surtout quand nos enfants ont des troubles du neurodéveloppement (TND).

Je me souviens d'une après-midi, à la crèche "Ti Moun An Nou" au Lamentin. Il faisait une chaleur à tomber, le genre où même les feuilles des cocotiers semblent transpirer. Le ventilateur brassait l'air moite sans vraiment rafraîchir. La période des pluies approchait, on sentait cette humidité lourde qui monte de la terre. Et là, j'avais Yohan. Yohan, 3 ans, un vrai rayon de soleil mais avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Pour lui, la sieste, c'était mission impossible.

Yohan et la symphonie des sens

Ce jour-là, la sieste avait commencé comme d'habitude. Les autres enfants, Djimy, Maïté, Naëlle, s'endormaient les uns après les autres, bercés par la douce musique antillaise que l'auxiliaire, Man Yvone, mettait toujours. Mais Yohan, lui, gigotait. Il se frottait les yeux, poussait de petits soupirs. Il n'était pas fatigué, il était épuisé, je le savais. Mais quelque chose l'empêchait de lâcher prise.

J'ai commencé à observer. C'est la base, l'observation. Avant de vouloir intervenir, il faut comprendre. Je l'ai vu tendre l'oreille. Il y avait le léger ronronnement du ventilateur, les bruits de la cuisine qui arrivaient un peu, et puis, cette lumière. Une lumière douce, tamisée par les rideaux, mais pour Yohan, je le sentais, c'était trop. Il avait une hypersensibilité sensorielle, c'est-à-dire que ses sens étaient comme des antennes très très puissantes. Le moindre petit son, la moindre petite variation de lumière, tout était amplifié pour lui. C'est comme si on mettait le volume de la vie sur 11 quand tout le monde est sur 5.

Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière
Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière

Je me suis approché, doucement. J'ai murmuré son prénom. Il a tourné la tête, ses grands yeux bruns fixés sur moi. Je lui ai dit, avec ma voix la plus calme : "Yohan, mon ti chabin, on va trouver une solution, d'accord ?". Il n'a pas répondu, bien sûr. L'écholalie, cette tendance à répéter ce qu'on entend, c'est souvent présent, mais là, le silence était sa seule réponse.

Les stéréotypies : un langage silencieux

J'ai remarqué aussi ses stéréotypies. C'est des gestes répétitifs, des mouvements qui peuvent paraître étranges mais qui sont souvent un moyen pour l'enfant de se rassurer, de gérer ses émotions, ou de s'auto-stimuler. Yohan, il tapotait sa joue avec sa main, un rythme régulier, comme un métronome intérieur. C'était son moyen à lui de se recentrer, de créer un peu d'ordre dans le chaos sensoriel qui l'entourait.

"On va faire un petit coin calme, rien que pour toi, Yohan", lui ai-je proposé. J'ai pris une grande couverture épaisse, celle que Man Yvone utilisait pour la poussette quand il pleuvait. Je l'ai drapée sur une étagère basse, créant une sorte de petite tente. Un espace confiné, un peu sombre, à l'écart du flux d'air du ventilateur.

Coin calme d'une salle de crèche baigné de lumière d'après-midi
Coin calme d'une salle de crèche baigné de lumière d'après-midi

J'ai posé un petit coussin, son doudou préféré – un vieux lapin en tissu qui sentait bon la vanille et le linge propre. Et j'ai pris une petite veilleuse qui projetait des étoiles au plafond, mais très très faiblement. L'idée, ce n'est pas d'éteindre tout stimulus, mais de contrôler ce qui arrive, de le rendre prévisible et apaisant.

Les outils pour apprivoiser le sommeil

On parle souvent de troubles du neurodéveloppement, de TSA, TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité). Et dans tous ces cas, le sommeil est un enjeu majeur. Pourquoi ? Parce que le cerveau de ces enfants fonctionne différemment. Leurs horloges internes peuvent être déréglées, leur réceptivité aux stimuli externes est souvent amplifiée, et le passage du jour à la nuit, de l'activité au repos, peut être une vraie montagne à gravir.

Il n'y a pas de recette miracle, mais des stratégies. Et l'une des plus efficaces, c'est la structuration. La prévisibilité. J'ai commencé à utiliser des pictogrammes avec Yohan. C'est le principe du PECS (Picture Exchange Communication System), ou du MAKATON, des systèmes de communication par images ou par signes. L'idée, c'est de visualiser le déroulement de la journée, et particulièrement de la sieste. Un pictogramme pour le déjeuner, un pour le brossage des dents, un pour l'histoire, un pour le doudou, un pour la sieste, un pour le réveil. Simple, clair, et rassurant.

Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table
Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

Je lui montrais la séquence. "Après l'histoire, c'est l'heure de la sieste, Yohan". Au début, il ne comprenait pas tout, mais petit à petit, il a associé les images aux actions. Ça lui donnait un contrôle, une compréhension de ce qui allait se passer. Moins d'incertitude, c'est moins d'anxiété, et donc, potentiellement, un sommeil plus facile.

Man Yvone, d'abord un peu sceptique, m'a regardé faire. Elle est de la vieille école, "un enfant, ça dort quand c'est fatigué". Mais elle a vu les résultats. Le premier jour, Yohan est resté dans sa petite tente pendant vingt minutes, sans dormir, mais sans crier, sans gigoter à outrance. Le deuxième jour, trente minutes. Le troisième, il s'est assoupi quelques instants.

"Observer, comprendre, adapter. C'est la clé. Chaque enfant est un monde à explorer. On ne met pas un enfant dans une case, on adapte la case à l'enfant."

Et la nuit, c'est la même musique ?

En consultation à domicile, j'ai souvent des parents qui me racontent la même chose pour la nuit. "Grégory, ma fille Kayla, elle a 6 ans, elle a un TDAH, et elle ne dort jamais !" Ou "Mon fils Ethan, il est épuisé le matin, il ne s'endort qu'à minuit." Le sommeil, c'est souvent le premier symptôme qui alerte les parents, bien avant le diagnostic formel.

Là encore, on ne diagnostique pas. Mon rôle, c'est de repérer, d'orienter, et de donner des outils concrets. Pour Kayla et son TDAH, le défi, c'est souvent la difficulté à "freiner" le cerveau. Le soir, c'est comme si toutes les pensées de la journée, toutes les stimulations, revenaient en force. Un petit rituel du soir, très structuré, peut faire des merveilles : bain chaud, histoire calme, musique douce, diminution progressive des lumières.

Forêt tropicale de Martinique vue d'en haut, feuilles de bananier et rivière
Forêt tropicale de Martinique vue d'en haut, feuilles de bananier et rivière

Pour Ethan, l'hypersensibilité auditive le rendait hypervigilant. Le moindre bruit de voiture lointain, le chant du coq avant l'aube, tout était une source de réveil. On a travaillé avec ses parents sur l'isolation phonique de sa chambre, une machine à bruit blanc (un son constant et neutre qui masque les autres bruits), et des bouchons d'oreille en silicone, juste pour voir si ça l'aidait à se détendre.

Les conseils à retenir (et à partager autour d'un bon café !)

  • Observer, toujours observer : Avant d'agir, prenez le temps de comprendre ce qui se passe. Quels sont les déclencheurs ? Quels sont les moments difficiles ? Notez tout, même les petits détails.
  • Structurer et visualiser : Le cerveau de nos enfants a besoin de repères. Les routines, les pictogrammes, les emplois du temps visuels, c'est une béquille précieuse pour l'autonomie et la diminution de l'anxiété.
  • Adapter l'environnement : Lumière, bruit, température, textures... Chacun a ses préférences. Créer un "coin calme", un espace sensoriel adapté, ça peut changer la donne.
  • La communication : Qu'elle soit verbale, non verbale, par images, par signes... Il faut que l'enfant puisse exprimer ses besoins et ses ressentis, même si ce n'est pas de manière classique.
  • La patience et la bienveillance : On ne change pas des habitudes en un jour. Il y aura des hauts et des bas. L'important, c'est de rester constants et de célébrer les petites victoires.

Si ces histoires vous parlent, si vous vous reconnaissez dans ces situations, sachez que vous n'êtes pas seuls. J'ai vu tellement de professionnels de crèche, d'enseignants, de parents, se sentir démunis face à ces défis. Mais il y a des solutions, des astuces concrètes, que j'ai pu expérimenter sur le terrain pendant toutes ces années.

Alors, si vous avez envie d'aller plus loin, d'échanger sur vos propres expériences, ou si vous souhaitez que j'intervienne pour une formation dans votre structure en Martinique ou en Guadeloupe, n'hésitez pas. Envoyez-moi un petit message, et on pourra discuter de tout ça autour d'un bon café. Ce sont ces échanges qui font avancer les choses, croyez-moi !

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Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.