
Le résumé de l'article
Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.
Voilà un homme qui a le cœur à l'ouvrage et l'expérience en bandoulière ! Grégory Alphonse, formateur en troubles du neurodéveloppement en Martinique et Guadeloupe, nous plonge dans son univers riche de 17 années passées en maison d'accueil spécialisée et trois ans en libéral. Sa passion : le repérage précoce des troubles du spectre de l'autisme, en particulier en crèche, un lieu qu'il considère comme magique pour l'observation. Il partage des anecdotes touchantes, comme celle de Clémence, absorbée par ses cubes à la crèche « Ti Moun An Nou », ou de Jahïra, à la recherche de sensations fortes. Grégory explique les signaux d'alerte à observer avant 3 ans : le contact visuel, la communication, les interactions sociales, les intérêts restreints, les gestes répétitifs et la sensibilité sensorielle. Il insiste : repérer n'est pas diagnostiquer, mais allumer une petite lumière. Son approche, toujours chaleureuse et pragmatique, vise à adapter l'environnement avec des outils simples comme les pictogrammes. Grégory souligne l'importance de l'observation et de la collaboration. N'hésitez pas à lui poser vos questions et échanger avec lui !
Les petits pas du repérage précoce en crèche : mes galères et mes joies
Alors, là, les amis, prenez un ti'punch ou un bon jus de goyave, et asseyez-vous, parce que je vais vous raconter un peu ma vie. Vous savez, avant de sillonner la Martinique et la Guadeloupe pour former des pros sur les troubles du neurodéveloppement (TND), j'ai passé 17 ans en maison d'accueil spécialisée. Une sacrée école, croyez-moi ! Et puis, trois ans en libéral, à courir entre les maisons, les écoles, et même les centres de loisirs. J'ai vu passer des situations, des familles, des enfants... C'est ma passion, ce truc-là, et je peux vous dire que je ne m'ennuie jamais.
Un truc qui me tient particulièrement à cœur, c'est le repérage précoce, surtout pour les troubles du spectre de l'autisme (TSA). Pourquoi ? Parce que plus on repère tôt, plus on peut accompagner efficacement. Et la crèche, c'est un lieu magique pour ça. Les petits y passent des heures, on les voit évoluer, interagir (ou pas). C'est un terrain d'observation privilégié.
Quand la vie de crèche nous met sur la piste
Je me souviens d'une fois, c'était à la crèche « Ti Moun An Nou » au Lamentin. Il faisait une chaleur de dingue, le ventilateur brassait l'air sans grand succès, et les petits étaient en train de jouer dans le coin moteur. Il y avait Clémence, toute menue, qui empilait des cubes avec une concentration incroyable. Elle était si absorbée que le brouhaha habituel de la crèche ne semblait pas l'atteindre du tout. Les autres enfants couraient, criaient, mais elle, rien. Juste ses cubes, alignés, rangés par taille. Et si quelqu'un osait déplacer un cube, même d'un millimètre, c'était la crise. Pas une petite pleurnicherie, non, une vraie tempête, avec des cris aigus et des gestes répétitifs, comme si elle se tapait les mains.

La directrice, Madame Édouard, une femme formidable et très à l'écoute, m'avait interpellé : « Grégory, tu pourrais venir jeter un œil à Clémence ? On a l'impression qu'elle est dans son monde, et on n'arrive pas trop à l'approcher. » Bien sûr, j'y suis allé. Et ce que j'ai vu, ça m'a rappelé pas mal de situations déjà rencontrées. Clémence ne regardait pas dans les yeux, même quand on l'appelait par son prénom. Elle préférait manipuler des objets de façon répétée – tourner les roues d'une petite voiture pendant des minutes, sans jouer avec elle comme les autres enfants. Et quand elle voulait quelque chose, elle prenait la main d'un adulte pour l'amener vers l'objet désiré, sans un mot.
« Repérer, ce n'est pas diagnostiquer. C'est juste allumer une petite lumière, dire 'tiens, il y a peut-être quelque chose à regarder de plus près'. »
J'ai passé du temps à observer Clémence. J'ai échangé avec les éducatrices. On a mis en place des petites stratégies simples. Par exemple, anticiper les changements. Les transitions, c'est souvent un point sensible pour les enfants avec TSA. Passer du jeu au repas, du repas à la sieste... Pour Clémence, ça pouvait être la catastrophe. On a commencé à utiliser des supports visuels : des petites images pour lui montrer ce qui allait se passer ensuite. Ça l'a énormément aidée à se repérer. On appelle ça des pictogrammes, ça sert à rendre le monde plus prévisible et moins anxiogène pour les enfants qui ont du mal à comprendre les mots ou les situations abstraites.
Les signaux d'alerte : ce qui doit attirer notre attention
Attention, hein, je le répète souvent pendant mes formations : repérer n'est pas diagnostiquer ! Un professionnel de crèche ou d'école ne pose pas de diagnostic. Ça, c'est le travail des médecins spécialisés. Notre rôle, c'est d'être vigilant, d'observer et de communiquer nos observations aux parents, pour qu'ils puissent, s'ils le souhaitent, consulter.
Alors, quels sont ces petits signaux qui peuvent nous interpeller, surtout avant 3 ans ?
- Le contact visuel : Est-ce que l'enfant regarde dans les yeux quand on lui parle, quand on interagit avec lui ? Un regard fuyant ou très bref peut être un signe.
- La communication : Est-ce qu'il babille, pointe du doigt pour montrer ce qui l'intéresse ? Est-ce qu'il essaie de communiquer ses besoins ou ses envies, même sans mots ? Un retard de langage, ou l'absence de gestes de communication, c'est à noter.
- Les interactions sociales : Est-ce qu'il cherche à jouer avec les autres enfants, même de manière simple ? Est-ce qu'il répond quand on l'appelle ? Est-ce qu'il partage des moments de joie, de rire ?
- Les intérêts restreints et les gestes répétitifs : Comme Clémence avec ses cubes, ou des enfants qui peuvent passer un temps fou à aligner des objets, à faire tourner des roues, à répéter des mots ou des phrases (on appelle ça l'écholalie, quand on répète ce qu'on entend, comme un écho), ou à faire des gestes avec leurs mains (des stéréotypies, comme battre des mains ou se balancer).
- La sensibilité sensorielle : Certains enfants sont très sensibles au bruit, à la lumière, aux textures. Un enfant qui se bouche souvent les oreilles, qui réagit très fort à certains tissus, ou qui ne supporte pas certains aliments peut être en situation d'hypersensibilité sensorielle.

Je me souviens d'une petite Jahïra, elle, c'était le contraire. Au lieu de l'hypersensibilité, c'était une hyposensibilité. Elle ne sentait presque pas la douleur, cherchait des sensations fortes en se cognant contre les murs ou en se jetant par terre. Elle pouvait être absorbée par le scintillement d'une lumière ou le mouvement répétitif d'une feuille sur un arbre, ignorant totalement ce qui se passait autour d'elle. Ça aussi, c'est un point d'attention. L'hypersensibilité ou l'hyposensibilité, c'est une manière différente de percevoir le monde, et ça fait partie des défis que rencontrent certains enfants avec TSA.
L'importance de l'environnement et de la collaboration
En crèche, on a un rôle crucial pour adapter l'environnement. Un coin calme, des casques antibruit pour les moments de trop forte stimulation, des supports visuels... Ce sont des choses simples qui peuvent faire une énorme différence. J'ai vu des enfants s'épanouir quand leur environnement était plus adapté à leurs besoins sensoriels et à leur manière de comprendre le monde.

Un jour, j'étais dans une crèche à Sainte-Anne. Il pleuvait des cordes, une vraie pluie de saison, qui tambourinait sur le toit en tôle. À l'intérieur, un petit garçon, Yanis, était en pleine crise. Les éducatrices étaient désemparées. Le bruit de la pluie était insupportable pour lui. On a réagi vite. On a baissé les stores pour atténuer la lumière vive de l'orage, on lui a proposé un casque anti-bruit et on l'a emmené dans un petit coin douillet avec des coussins. Il s'est calmé petit à petit, en serrant un doudou tout doux. Ces petites adaptations, c'est de l'or.
Et la collaboration avec les parents, elle est fondamentale. C'est eux qui connaissent le mieux leur enfant. Mon travail, c'est d'être là pour les écouter, pour partager mes observations, pour les rassurer et les orienter si besoin. Jamais dans le jugement, toujours dans le soutien. Souvent, les parents ont déjà des doutes, mais n'osent pas en parler. Mon rôle est d'ouvrir la discussion, en douceur.
Les outils qui aident au quotidien
Au fil des années, j'ai vu l'évolution des outils et des méthodes. Le PECS (Picture Exchange Communication System), par exemple. C'est un système de communication par échange d'images. L'enfant donne une image à l'adulte pour demander quelque chose. C'est super efficace pour les enfants qui n'ont pas encore accès à la parole. Ou le MAKATON, un programme qui combine la parole, les signes et les symboles. Ces outils peuvent aider à réduire la frustration et à améliorer la communication.

Chaque enfant est unique. Chaque histoire est différente. Le repérage précoce de l'autisme en crèche, c'est un travail de patience, d'observation fine et d'humanité. C'est croire en chaque petit bout de chou et lui donner toutes les chances de s'épanouir, ici, sous notre beau soleil antillais.
Si vous aussi, vous avez des questions, si vous sentez que vous avez besoin d'un coup de main pour mieux comprendre ces troubles, ou si vous voulez qu'on mette en place une formation pour votre équipe, n'hésitez pas. Un petit message, et on peut en discuter autour d'un bon café, ou d'un jus de fruit frais. C'est comme ça qu'on avance ensemble, avec la même passion pour nos enfants.
Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?
Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.
