
Le résumé de l'article
Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.
Grégory Alphonse, fort de 17 ans d'expérience en Maison d'Accueil Spécialisée et 3 ans en libéral, est un formateur passionné et jovial spécialisé dans les Troubles du Neurodéveloppement (TND) en Martinique et Guadeloupe. Il partage une anecdote personnelle sur ses débuts avec les pictogrammes, où, par excès d'enthousiasme, il a commis l'erreur courante de vouloir tout communiquer d'un coup à une jeune résidente nommée Lyliane. Cette approche, loin d'aider, avait créé une surcharge cognitive et accentué ses frustrations. Grâce aux conseils de son chef de service, Grégory a compris l'importance de commencer par un ou deux pictogrammes essentiels, liés aux besoins immédiats et motivants de l'enfant. Il explique que les pictogrammes, comme le PECS et le MAKATON, sont des outils puissants, mais leur efficacité repose sur une approche progressive, constante et fonctionnelle. Grégory insiste sur l'observation, l'adaptation et le fait de ne jamais forcer, rappelant que l'objectif est de donner une fonction communicative aux images. Il termine en invitant les professionnels et les parents à le contacter pour des échanges ou des formations afin de mieux accompagner les personnes atteintes de TND, que ce soit le TSA ou le TDAH.
L'erreur que je faisais avec les pictogrammes (et que vous faites peut-être aussi !)
Ah, les pictogrammes ! C’est un outil tellement puissant, n’est-ce pas ? On en parle beaucoup dans la prise en charge des Troubles du Neurodéveloppement (TND), et à juste titre. Quand j’ai commencé il y a 20 ans, en Maison d'Accueil Spécialisée (MAS) à Schœlcher, j’étais jeune, plein d’énergie et… un peu tête brûlée, il faut l’avouer ! J'avais cette envie folle d'aider, de trouver des solutions pour nos résidents qui parfois peinaient à se faire comprendre.
J'ai rapidement été sensibilisé à l'utilisation des pictogrammes, notamment via le PECS (Picture Exchange Communication System, c'est-à-dire un système de communication par échange d'images), ou encore le MAKATON (un programme de communication qui combine le langage parlé, les signes et les pictogrammes). Pour faire simple, ce sont des outils visuels qui aident les personnes qui ont du mal à parler ou à comprendre le langage parlé, à exprimer leurs besoins, leurs envies, ou à comprendre ce qui va se passer.
Quand j'ai découvert les pictogrammes : l'enthousiasme du débutant
Je me souviens d’une petite Lyliane, 6 ans à l'époque, toute pétillante mais qui avait beaucoup de mal à s’exprimer avec des mots. Elle avait des crises de frustration assez intenses, elle tapait parfois sa tête contre la table, surtout quand elle voulait quelque chose et qu’on ne comprenait pas. Mon cœur saignait de la voir ainsi.
Un jour, une collègue m'a parlé des pictogrammes. J'ai vu ça comme une lumière, un miracle ! J'ai plongé dedans, tête la première. J'ai passé des nuits à imprimer, plastifier, découper. J'ai fait des tableaux, des petits livrets. Je voulais que Lyliane puisse tout dire, tout comprendre. [IMAGE:pictogrammes] Je me voyais déjà en héros de la communication !
Le lendemain matin, j’arrive avec ma pochette pleine de pictogrammes, le sourire jusqu’aux oreilles. « Bonjour Lyliane ! Regarde ce que j’ai fait pour toi ! » Je lui montre le picto « manger », puis « boire », « jouer », « aller aux toilettes »… Je suis super fier de moi.
Le grand plongeon (et le gros plat !)
Mais Lyliane, elle, me regardait avec des yeux ronds, un peu perdus. Elle prenait les cartes, les manipulait, les jetait parfois au sol. Les crises n'ont pas cessé, au contraire, ça a même semblé les accentuer pendant un temps. J'étais dévasté. J’avais mis tellement d’énergie, tellement d’espoir. Je ne comprenais pas.
« Mais Grégory, pourquoi ça ne marche pas ? Je lui montre bien, je lui explique… »
C’est là que mon chef de service de l'époque, une dame extraordinaire qui avait roulé sa bosse, m’a gentiment pris à part. Nous étions dans la petite salle de pause, un ventilateur brassant l'air chaud des Antilles, l'odeur du café fort flottant dans l'atmosphère. Elle m'a souri, ce sourire si doux qui disait « je sais ce que tu ressens, je suis passée par là ».
« Grégory, tu sais, c'est une excellente intention. Mais tu as fait une erreur que beaucoup de professionnels font au début. »
Mon égo en a pris un coup, je l'avoue. Mais j'étais à l'écoute.
L'erreur fatale : vouloir tout communiquer d'un coup
Son explication a été d’une clarté déconcertante. Mon erreur ? J’avais voulu tout communiquer d'un coup. J'avais inondé Lyliane d'informations visuelles, sans la préparer, sans commencer par l'essentiel.
Les pictogrammes, ce n'est pas une baguette magique qu'on agite une fois pour que tout rentre dans l'ordre. C'est un apprentissage, une nouvelle langue. Et comme toute langue, on commence par quelques mots, les plus importants, ceux qui répondent à un besoin immédiat et fort. [IMAGE:mains-adulte-enfant]
Je lui avais présenté des dizaines de pictogrammes en même temps. Pour Lyliane, c’était comme si on vous parlait en chinois, puis en russe, puis en tamoul, sans jamais vous donner les bases du français. C'était anxiogène, frustrant. Les crises n'étaient pas dues à son incapacité à utiliser les pictogrammes, mais à l'excès d'informations que je lui donnais. J'avais créé une surcharge cognitive, une sorte d'hypersensibilité à l'information visuelle, une vraie cacophonie pour son cerveau qui peinait déjà à organiser les choses.
La bonne approche : moins, c'est plus (surtout au début !)
On a tout repris à zéro avec Lyliane. On a observé ses besoins les plus pressants. Qu'est-ce qui la mettait le plus en difficulté ? C'était souvent la faim, la soif, l'envie d'aller aux toilettes, et l'envie de jouer avec sa petite voiture rouge.
On a commencé avec deux pictogrammes, pas plus : « manger » et « jouer voiture ». Et on a ritualisé. À chaque fois qu'on lui proposait un gouter, on lui montrait le picto « manger » en disant le mot. Et quand elle tendait la main vers sa petite voiture, on lui montrait le picto « jouer voiture ».
C'était lent. Très lent. Mais au bout de quelques jours, Lyliane a commencé à prendre le picto « manger » et à nous le tendre quand elle avait faim. Ou à désigner la voiture après que nous lui ayons présenté son picto. [IMAGE:cahier-observation] Une étincelle, un début de communication, une victoire ! C'était encore mieux que tous mes espoirs initiaux. Lyliane communiquait.
L'importance de la fonction communicative
Ce que j'ai appris, et ce que je transmets aujourd'hui dans mes formations, c'est que l'objectif premier n'est pas de faire un dictionnaire de pictogrammes. C'est de donner une fonction communicative à ces images. L'enfant (ou l'adulte) doit comprendre que s'il utilise ce pictogramme, quelque chose de positif va se passer, son besoin sera satisfait. C'est le principe même du PECS : l'échange d'image permet d'obtenir quelque chose de désirable.
Si vous donnez trop de pictos d'un coup, la personne ne fait pas le lien entre l'image et l'action ou l'objet désiré. C'est juste un bout de carton.
Mes conseils pour commencer avec les pictogrammes (et éviter mon erreur !)
1. Commencez PETIT : Un ou deux pictogrammes maximum au début. Ceux qui répondent à un besoin urgent et motivant pour la personne (faim, soif, activité préférée). 2. Soyez CONSTANT : Utilisez les pictogrammes de manière systématique dans les mêmes situations. La répétition est la clé de l'apprentissage. 3. Associez le visuel au verbal : Montrez le picto en même temps que vous prononcez le mot. Cela renforce la compréhension. 4. Observez et adaptez : La communication, c'est du sur-mesure. Chaque personne est unique. Une observation fine des réactions est indispensable. Il n'y a pas de recette miracle, mais des stratégies à ajuster. 5. Ne forcez JAMAIS : Si la personne refuse, n'insistez pas. Repensez votre approche, simplifiez encore plus. La communication doit rester un plaisir et non une contrainte.
C'est comme ça qu'on construit la communication, brique par brique. Ce n'est pas spectaculaire au début, mais les petites victoires sont les plus importantes. Elles ouvrent des portes. [IMAGE:foret-tropicale]
Que ce soit pour un enfant atteint de TSA (Troubles du Spectre de l'Autisme), de TDAH (Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité) qui a du mal à organiser ses pensées, ou pour tout autre trouble du neurodéveloppement, les pictogrammes sont une aide précieuse, mais à utiliser avec méthode et bienveillance. Et souvenez-vous, repérer un trouble, c'est le rôle de l'observation. Poser un diagnostic, c'est celui des professionnels de santé. Mon rôle à moi, c'est de vous donner les clés pour mieux accompagner au quotidien.

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Alors, si vous avez des questions, si vous vous sentez un peu dépassé ou si vous avez envie d'aller plus loin dans l'utilisation des pictogrammes et d'autres outils pour la communication alternative et améliorée (CAA), n'hésitez pas à me laisser un message. On pourra échanger, peut-être prévoir une formation sur-mesure pour votre équipe ou votre association ici en Martinique ou en Guadeloupe. Le partage, c'est la meilleure des formations !
Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?
Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.

