
Le résumé de l'article
Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.
Grégory Alphonse, formateur expérimenté en troubles du neurodéveloppement (TND) en Martinique et Guadeloupe, partage son expertise sur les défis des particularités sensorielles à la cantine. Fort de 17 ans d'expérience en maison d'accueil spécialisée et 3 ans en libéral, il a formé plus de 1000 professionnels. Grégory aborde l'hypersensibilité auditive, gustative, olfactive et tactile, expliquant comment le bruit, les odeurs ou les textures peuvent submerger un enfant, notamment ceux présentant un TSA ou TDAH. Il illustre ses propos avec des anecdotes concrètes, comme celle de Tiago, un enfant hypersensible au bruit de la cantine. Grégory propose des solutions pratiques et facilement applicables pour créer un environnement plus inclusif : aménager des coins calmes, utiliser des pictogrammes, proposer des outils d'auto-régulation, et insiste sur l'importance de l'observation. Il rappelle que son rôle est d'accompagner les professionnels dans la mise en place d'adaptations, sans poser de diagnostic. Son approche joviale et concrète vise à rendre l'accompagnement des enfants plus serein pour tous, professionnels comme familles. Il invite à l'échange pour toute question ou projet de formation.
Le brouhaha de la cantine, un véritable assaut sensoriel
Ah, la cantine... Pour la plupart des enfants, c'est le moment de rigoler avec les copains, de manger un bon petit plat préparé avec amour. Mais pour d'autres, c'est une toute autre histoire. Une histoire de bruit, d'odeurs, de textures qui se mélangent, et qui peut vite devenir un enfer.
Je me souviens d'une fois, j'étais en formation au Lamentin, avec une équipe de la crèche municipale. On parlait justement des repas, et une auxiliaire de puériculture, Prisca, m'a raconté l'histoire de Tiago. Un petit bout de chou de trois ans, avec des yeux vifs et un sourire espiègle. Mais à l'heure du déjeuner, Tiago se transformait. Il devenait agité, se bouchait les oreilles, et finissait souvent par refuser de manger. Prisca était désemparée. Elle voyait bien que ce n'était pas de la mauvaise volonté, mais elle ne savait pas comment l'aider.
Ce que vivait Tiago, c'est ce qu'on appelle des particularités sensorielles. En gros, c'est quand nos sens – l'ouïe, la vue, le toucher, l'odorat, le goût, mais aussi la proprioception (la conscience de notre corps dans l'espace) et le système vestibulaire (l'équilibre) – perçoivent les choses différemment de la plupart des gens. Et croyez-moi, pour certains, cette différence peut être énorme.
L'hypersensibilité auditive : un concert de klaxons en pleine tête
Pour Tiago, c'était surtout l'hypersensibilité auditive. Imaginez un instant le bruit d'une cantine scolaire : les chaises qui raclent, les couverts qui s'entrechoquent, les voix des enfants qui résonnent, les plateaux qui claquent... Pour quelqu'un qui est hypersensible au son, ce n'est pas juste bruyant, c'est un véritable assaut. Comme si chaque son était amplifié, multiplié par cent. C'est douloureux, c'est angoissant. On se sent submergé, incapable de se concentrer, voire de fonctionner normalement.
Prisca m'a décrit Tiago se recroquevillant sur lui-même, les mains sur les oreilles, ses petits yeux paniqués. Il ne jouait plus, ne mangeait plus. Il était juste en mode survie. C'est typique d'une réaction d'hypersensibilité.
« C'est comme si mon cerveau recevait trop d'informations en même temps, et qu'il n'arrivait pas à trier ce qui est important de ce qui ne l'est pas », m'expliquait un jour une maman d'un enfant avec un TSA (Trouble du Spectre de l'Autisme). Et elle avait tout compris. Le TSA est un trouble du neurodéveloppement, ce qui veut dire que le cerveau fonctionne différemment. Et les particularités sensorielles sont très courantes chez les personnes avec un TSA, mais pas que ! On en retrouve aussi chez des enfants avec un TDAH (Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité), ou simplement chez des enfants neurotypiques qui ont des sensibilités plus fortes.

Les particularités sensorielles, un spectre large et varié
L'hypersensibilité auditive, c'est une chose. Mais il y a bien d'autres particularités sensorielles qui peuvent rendre la cantine difficile :
- L'hypersensibilité olfactive : les odeurs de nourriture, de produits d'entretien, de transpiration... tout peut être perçu comme insupportable. Un mélange d'odeurs qui peut provoquer des nausées ou une perte d'appétit.
- L'hypersensibilité gustative : certains enfants ne supportent pas certaines textures (le mou, le croquant, le gluant), certaines saveurs (l'amertume, l'acidité) ou même la température des aliments. Un simple gratin peut devenir un défi insurmontable.
- L'hypersensibilité tactile : le contact des couverts métalliques, la sensation de nourriture collante sur les doigts ou dans la bouche... ça peut être très perturbant. Certains ne supportent pas la sensation de la serviette en papier, par exemple.
- L'hyposensibilité : à l'inverse de l'hypersensibilité, c'est quand un sens a besoin de beaucoup plus de stimulation pour réagir. Un enfant hyposensible peut ne pas sentir qu'il a du yaourt sur les joues, ou ne pas réagir à un bruit fort. Souvent, ils vont chercher activement des stimulations sensorielles : mâchouiller leur col de pull, se cogner volontairement, chercher des sons forts. C'est pour ça qu'on voit parfois des enfants avec des stéréotypies, c'est-à-dire des mouvements répétitifs (se balancer, faire des petits bruits, agiter les mains). Ça peut être une façon de s'auto-réguler, de gérer un trop-plein ou un manque de stimulation.

Pour Tiago, on a mis en place des petites stratégies simples, mais efficaces. On a commencé par lui proposer de manger dans un coin plus calme de la cantine, un peu à l'écart du gros de la troupe. On lui a aussi donné un casque anti-bruit pour les moments où c'était vraiment trop difficile. Prisca m'a même raconté qu'elle lui avait trouvé un petit coussin vibrateur à mettre sur sa chaise. Ça l'aidait à se concentrer sur une seule sensation, et à faire abstraction du reste.
Des solutions simples et concrètes pour une cantine plus inclusive
Mon rôle, c'est de donner des outils aux professionnels pour qu'ils puissent agir concrètement. Et pour les particularités sensorielles, il y a plein de choses à faire, sans forcément révolutionner l'organisation de la cantine.
Aménager l'environnement
- Réduire le bruit : Des patins sous les chaises, des rideaux épais, des tapis... ou simplement des coins plus calmes, comme pour Tiago. On peut aussi instaurer un moment plus silencieux au début du repas.
- Gérer les odeurs : Une bonne aération, des produits d'entretien moins parfumés. Si c'est un enfant hyposensible olfactif qui a du mal à sentir les odeurs, on peut au contraire proposer des herbes aromatiques à mettre dans l'assiette.
- Adapter la lumière : Une lumière trop vive peut être agressive. Des stores, une lumière plus douce peuvent faire une grande différence.

Adapter les supports et les rituels
- Prévenir et rassurer : Utiliser des pictogrammes (des petites images qui représentent des actions ou des objets) pour visualiser le déroulement du repas. Qui sera à table ? Quels plats seront servis ? Cela permet d'anticiper et de réduire l'anxiété. J'ai même vu une fois une école à Basse-Terre qui affichait le menu de la semaine avec des photos des plats ! C'était génial pour les enfants qui ont du mal avec l'imagination abstraite.
- Proposer des outils d'auto-régulation : Pour certains, avoir un petit objet à manipuler (un fidget toy), un doudou sensoriel, ou même un chewelry (bijou à mordiller) peut aider à se canaliser.
- Laisser le choix : Si possible, donner un peu de contrôle à l'enfant sur ce qu'il mange, même si ce n'est qu'une petite partie de son assiette. Proposer un accompagnement qu'il aime toujours (riz, pâtes nature), même s'il ne mange rien d'autre. L'important, c'est qu'il ait une bonne expérience.

Observer et comprendre
Le plus important, c'est l'observation. Comme Prisca l'a fait avec Tiago. Observer ce qui déclenche les réactions, ce qui les calme. Est-ce le bruit ? L'odeur ? La texture ? Le nombre de personnes ? Tenir un petit carnet d'observation peut être très utile pour repérer les motifs.
Attention ! Je le répète toujours, mais repérer n'est pas diagnostiquer. Mon rôle, c'est de vous aider à identifier des comportements qui peuvent être liés à des particularités sensorielles, et à mettre en place des adaptations. Le diagnostic, ça, c'est le travail des médecins spécialisés (pédiatre, pédopsychiatre...).
Un environnement plus serein pour tous
Ce qui est génial, c'est que la plupart de ces adaptations ne bénéficient pas qu'aux enfants avec des particularités sensorielles. Un environnement plus calme, mieux structuré, avec moins de stimuli agressifs, c'est un environnement plus serein pour tous les enfants. Et pour les professionnels aussi !
J'ai vu des équipes entières transformées par ces petites astuces. Moins de stress à l'heure des repas, plus de sourires, des enfants qui mangent mieux et qui participent davantage. Et ça, ça n'a pas de prix.
Si vous aussi, vous vous sentez un peu perdu face à ces situations, si vous avez des questions, des doutes, ou si vous voulez qu'on mette en place une formation pour votre équipe, n'hésitez pas à me laisser un message. On pourra échanger autour d'un bon café, comme d'habitude. Ma porte est toujours ouverte pour qu'on construise ensemble un accompagnement adapté à chaque enfant de notre belle Martinique et Guadeloupe.
Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?
Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.
