Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table

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Les morsures en crèche : ce qu'elles disent vraiment

27 mai 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Grégory Alphonse, un formateur passionné par les troubles du neurodéveloppement, fort de dix-sept ans d'expérience en maison d'accueil spécialisée, partage ses lumières sur un phénomène fréquent en crèche : les morsures. Pour lui, chaque morsure est un message, un « cri silencieux » de l'enfant qui peine à s'exprimer verbalement. Il illustre cela avec l'histoire de Maëlys, deux ans et demi, qui mordait pour défendre ses jouets, faute de mots. Ce comportement, loin d'être de la méchanceté, peut traduire un manque de langage, un besoin sensoriel (comme chez les enfants TSA ou TDAH), une surcharge émotionnelle, ou simplement l'expérimentation. Grégory insiste sur l'importance d'observer sans diagnostiquer, d'apporter des mots et des alternatives concrètes, comme les PECS ou le Makaton. Il raconte l'exemple de Jordan, apaisé par un coin calme face à son hypersensibilité auditive. Ses formations, données en Martinique et Guadeloupe, visent à outiller les professionnels pour mieux comprendre et accompagner ces jeunes enfants. Grégory vous invite à échanger avec lui pour démystifier ces comportements et trouver ensemble des solutions adaptées.

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Morsures en crèche : plus qu'un simple bobo

Ah, les morsures en crèche… Ça, c'est un grand classique ! Je parie que si vous travaillez avec des tout-petits, vous avez déjà eu votre lot d'histoires à raconter. Des petits points rouges sur un bras, une joue, et l'éternelle question qui revient : « Mais pourquoi il a mordu ? »

J'ai passé 17 ans en maison d'accueil spécialisée, puis 3 ans en libéral, à sillonner la Martinique et la Guadeloupe. De Fort-de-France au Lamentin, en passant par les petites crèches de Sainte-Anne ou les écoles de Basse-Terre, j'en ai vu des situations. Et croyez-moi, derrière chaque morsure, il y a toujours une histoire, un message que l'enfant essaie de nous faire passer. Ce n'est jamais juste de la méchanceté.

Le ventilateur qui tourne et le silence des mots

Il y a quelques mois, j'étais dans une crèche à Fort-de-France. La chaleur était écrasante, même avec le grand ventilateur qui brassait l'air sans relâche. Je formais l'équipe sur la communication alternative, quand une des auxiliaires est venue me voir, un peu désemparée. « Grégory, il y a la petite Maëlys, 2 ans et demi, elle mord tout le temps. Surtout le petit Kévin. » Kévin, adorable petit bout de chou qui avait la fâcheuse tendance à vouloir prendre tous les jouets de Maëlys.

Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table
Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table

Je suis allé observer. Maëlys était là, concentrée sur une tour de cubes. Kévin s'approche, tend la main vers le cube rouge… et là, BAM ! Maëlys le mord. Kévin hurle, l'auxiliaire intervient. Maëlys, elle, reste impassible, les yeux rivés sur sa tour.

Ce que j'ai vu, c'était un cri silencieux. Maëlys n'avait pas encore le langage pour dire : « C'est à moi ! Laisse mes cubes ! » Ou : « J'ai pas envie que tu prennes mon jouet ! » Sa bouche, à ce moment-là, c'était son seul moyen d'expression face à une situation qui la dépassait. C'est ça, un trouble du comportement : une difficulté à réagir de manière adaptée à une situation, souvent par manque d'outils, et pas forcément une maladie grave. Pour Maëlys, c'était un déficit de communication.

Quand le corps parle à la place des mots

Les morsures, ça peut être plein de choses :

  • Un manque de langage : Comme Maëlys. L'enfant veut communiquer, mais n'a pas les mots. La frustration monte, et hop, la morsure devient un moyen de dire « stop », « non » ou « c'est à moi ».
  • Un besoin sensoriel : Certains enfants, notamment ceux avec un TSA (Trouble du Spectre de l'Autisme – une façon différente de comprendre et d'interagir avec le monde, avec des particularités sensorielles et de communication) ou même certains TDAH (Trouble Déficitaire de l'Attention avec ou sans Hyperactivité – des difficultés à se concentrer, à gérer l'impulsivité), ont un besoin oral important. Mordre peut être une façon de chercher des sensations, de s'apaiser, ou même de mieux ressentir leur corps. Ça, c'est l'hypersensibilité ou l'hyposensibilité qui s'exprime. Une bouche qui a besoin de mâcher, de sentir des textures.
  • Une surcharge émotionnelle : La colère, la peur, l'excitation… Quand c'est trop pour un petit, ça déborde. Et parfois, ça sort par les dents.
  • L'expérimentation : Parfois, l'enfant explore. Il mord, voit la réaction, et apprend. Il faut bien qu'ils comprennent les limites !
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

Dans le cas de Maëlys, on a mis en place des PECS (Picture Exchange Communication System) – c'est un système de communication par échange d'images, super simple et visuel. On a aussi introduit quelques signes du MAKATON (un programme de langage qui utilise des signes, des pictogrammes et la parole). Ça lui a donné des outils pour s'exprimer. Elle pouvait pointer une image « À moi ! » ou faire le signe « non ». Ça ne s'est pas arrêté du jour au lendemain, mais les morsures ont diminué au fur et à mesure qu'elle avait plus de moyens de se faire comprendre.

Repérer sans diagnostiquer : la subtilité de notre rôle

Attention, je le dis et je le répète : notre rôle, c'est de repérer, pas de diagnostiquer ! On n'est pas médecins. Mais en observant attentivement, on peut déceler des signes qui peuvent alerter les parents et les orienter vers les bonnes personnes. Pour Maëlys, on a suggéré aux parents d'en parler au pédiatre et peut-être de consulter un psychomotricien ou un orthophoniste.

C'est la même chose quand je vois un enfant qui répète en écho les derniers mots qu'il entend (on appelle ça l'écholalie – souvent présent dans le TSA) ou qui fait des mouvements répétitifs avec ses mains (les stéréotypies – des gestes sans but apparent, mais qui peuvent servir à s'auto-réguler). Ce n'est pas un diagnostic, c'est une observation qui, cumulée à d'autres, peut être le début d'une piste.

Mains d'enfant explorant le sable blanc à côté d'un coquillage
Mains d'enfant explorant le sable blanc à côté d'un coquillage

Je me souviens d'un petit garçon, Jordan, à Basse-Terre. Il était toujours dans son coin, à jouer avec le sable, à ramasser des coquillages. Quand on s'approchait, il se mettait à mordre ses manches. J'ai remarqué qu'il était très sensible aux bruits. Le brouhaha de la cour de crèche, les cris des autres enfants, ça le submergeait. C'était une hypersensibilité auditive. Ses morsures sur ses manches, c'était sa façon à lui de gérer ce trop-plein sensoriel, de retrouver un peu de calme et de se recentrer. On a mis en place un petit coin calme, avec des coussins, un casque anti-bruit léger. Ça a fait des merveilles !

Des outils concrets pour accompagner nos petits croqueurs

Alors, quand un enfant mord, qu'est-ce qu'on fait ?

1. L'observation, toujours l'observation ! : Dans quelle situation la morsure apparaît-elle ? Avant, pendant, après une frustration ? Un bruit particulier ? Un changement ? Tenez un petit carnet de bord, comme on l'a fait pour Maëlys. [IMAGE:doudou-lumiere] 2. Apporter des mots : Même si l'enfant ne parle pas encore, mettez des mots sur ce qu'il ressent : « Tu es en colère ? Tu n'aimes pas ça ? » Utilisez des images, des gestes. 3. Proposer des alternatives : Si c'est un besoin oral, proposez des anneaux de dentition pour les plus petits, des jouets à mâcher sécurisés pour les plus grands. Si c'est de la frustration, apprenez-lui à taper dans un coussin, à crier dans un endroit désigné, ou à montrer une image « stop ». 4. Enseigner les compétences sociales : Partager, attendre son tour, demander… C'est un long chemin, mais chaque petite victoire compte. 5. Ne pas dramatiser, mais agir : La morsure, c'est grave car elle fait mal et peut laisser des traces. Il faut bien sûr intervenir fermement mais calmement, pour marquer la limite, sans jugement sur l'enfant. « Je ne veux pas que tu mordes, ça fait mal. » Et accompagner la victime.

Les enfants sont de petits êtres complexes, et leurs comportements sont des fenêtres ouvertes sur leur monde intérieur. En Martinique, en Guadeloupe, on a la chance d'avoir des professionnels incroyables, mais on a aussi un besoin immense de partager nos expériences, de se former, d'échanger. La chaleur humaine, le partage, c'est notre richesse.

Alors, si vous avez des situations qui vous interpellent, des envies de décrypter ensemble les petits messages cachés de nos jeunes, n'hésitez pas. J'anime régulièrement des formations sur ces sujets, pour outiller les équipes, les parents, et faire en sorte que chaque enfant trouve sa voix, même sans les mots. Un simple message et on peut voir ce qu'on met en place, pour que nos crèches et nos écoles soient des lieux où chaque enfant se sent compris et accompagné.

À très vite, j'espère !

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Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.