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Le harcèlement commence plus tôt qu'on ne le croit : ce que j'ai vu en maternelle

2 juin 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Grégory Alphonse, formateur en troubles du neurodéveloppement, partage son expérience riche de 17 ans en maison d'accueil spécialisée et 3 ans en libéral, intervenant en Martinique et Guadeloupe. Ce père de deux enfants, jovial et passionné, met en lumière un sujet souvent sous-estimé : le harcèlement scolaire dès la maternelle. Il raconte des anecdotes marquantes, comme celle de Joël à Sainte-Anne ou de Mia au Lamentin, pour illustrer comment l'exclusion et le harcèlement peuvent commencer très tôt, impactant particulièrement les enfants avec des TND ou une hypersensibilité. Grégory insiste sur l'importance de l'observation et du repérage précoce des signes, tout en rappelant que le rôle du professionnel n'est pas de diagnostiquer mais d'agir concrètement par la prévention. Il détaille des stratégies simples mais efficaces, comme la sensibilisation en classe, la valorisation des enfants, la mise en place de cadres clairs et l'utilisation d'outils de communication comme les pictogrammes, le PECS ou le MAKATON. Son approche très concrète et son vocabulaire accessible rendent ses conseils directement applicables. Grégory invite à l'échange pour partager son expertise et aider les professionnels à mieux accompagner les enfants.

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Le harcèlement, ça commence bien plus tôt qu'on ne l'imagine

Tiens, aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'un truc qui me tient à cœur et qui me revient souvent quand je discute avec des collègues autour d'un café. Le harcèlement scolaire. Souvent, on se dit que c'est un problème d'adolescents, ou au moins de primaires. Mais laissez-moi vous dire, après 17 ans passés en maison d'accueil spécialisée et 3 ans à courir un peu partout en Martinique et Guadeloupe, que ce n'est pas tout à fait ça.

Non, le harcèlement, l'exclusion, ça peut débuter bien plus tôt. Tellement tôt que ça nous échappe parfois, même nous les pros, même nous les parents. Je parle de la maternelle.

Le cas de Joël à la maternelle de Sainte-Anne

Je me souviens d'une situation, il y a quelques années. J'étais intervenant dans une école maternelle à Sainte-Anne, un petit coin de paradis, les pieds dans le sable presque. Les enfants jouaient sous le soleil, les cris joyeux résonnaient entre les arbres à pain. Mais il y avait Joël. Un petit bonhomme de 4 ans, les yeux un peu perdus, souvent seul dans son coin.

Au début, je me suis dit, comme beaucoup, qu'il était peut-être juste timide. Ou qu'il avait besoin d'un peu plus de temps pour s'intégrer. Mais, en l'observant un peu plus attentivement, j'ai commencé à capter des signaux. Des petites choses. Des regards furtifs des autres enfants, des chuchotements. Un jour, pendant l'atelier dessin, il y avait cette petite fille, Maëlys, qui avait l'habitude de prendre les crayons de Joël dès qu'il se levait. Et si Joël essayait de les récupérer, elle le repoussait, ou pire, elle disait : "Non, c'est pas pour toi, t'es bête !" D'autres enfants autour riaient.

Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche
Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche

Je me suis rapproché, l'air de rien. J'ai vu le visage de Joël se fermer. Ses épaules s'affaisser. C'était pas un simple jeu. C'était de l'exclusion. Et ça, pour un enfant de 4 ans, c'est déjà une forme de harcèlement.

Repérer sans diagnostiquer : la subtilité en maternelle

C'est là que notre rôle de professionnel est primordial. Attention, je le dis toujours et je le répète : notre rôle n'est pas de diagnostiquer. Ça, c'est le boulot des médecins spécialisés. Mon boulot, votre boulot, c'est de repérer. De sentir quand quelque chose cloche. Quand un enfant change de comportement, quand il s'isole, quand il semble malheureux sans qu'on comprenne pourquoi.

Pour Joël, il y avait plusieurs signes. Il ne voulait plus aller à l'école le matin, se plaignait de maux de ventre. Il était devenu plus silencieux, moins joueur à la maison selon ses parents. C'étaient de petites alertes, mais mises bout à bout, ça formait un tableau.

J'ai beaucoup observé Joël. La cour de récréation, c'est un laboratoire incroyable pour ça. On voit les dynamiques de groupe se former, les leaders émerger, les solitaires se dessiner. J'ai vu que Joël essayait parfois de rejoindre les jeux, mais qu'il était systématiquement mis de côté. "Non, pas toi !", "On veut pas jouer avec toi !" Des phrases simples, mais des couteaux pour un enfant.

Le rôle des TND et de l'hypersensibilité

Alors, bien sûr, quand on parle de harcèlement, on pense souvent aux enfants dits "différents". Et c'est une réalité. Les enfants avec des Troubles du Neurodéveloppement (TND) sont souvent des cibles. Un enfant avec un TSA (Trouble du Spectre de l'Autisme), par exemple, peut avoir des difficultés à décoder les codes sociaux, à comprendre les intentions des autres, ce qui le rend plus vulnérable.

Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table
Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table

Je me souviens d'une petite fille, Mia, avec un TDAH (Trouble Déficit de l'Attention avec Hyperactivité) au Lamentin. Elle était pleine d'énergie, bougeait beaucoup, parlait fort. Ses camarades la rejetaient, la traitant de "folle". C'était pas méchant dans leur intention, ils ne comprenaient pas. Mais pour Mia, c'était une souffrance quotidienne. Elle ne comprenait pas pourquoi personne ne voulait jouer avec elle. Son agitation, sa difficulté à rester en place, ses difficultés d'attention – tout ça était perçu comme un défaut. Ses stéréotypies (mouvements répétitifs) étaient moquées.

Il y a aussi l'hypersensibilité. Certains enfants ressentent les émotions beaucoup plus fort que les autres. Une remarque anodine peut les blesser profondément. Et ces enfants-là, ils sont souvent repérés par les petits bourreaux en herbe comme des cibles faciles.

Agir concrètement : la prévention avant tout

Alors, concrètement, comment on fait ? Pour Joël, j'ai d'abord discuté avec l'enseignante. Elle avait aussi remarqué que quelque chose n'allait pas, mais elle n'avait pas mis le doigt sur le mot "harcèlement". Ensemble, on a mis en place des choses simples.

  • Sensibilisation en classe : On a parlé des émotions, de la gentillesse. Avec des histoires, des jeux de rôle. On a utilisé des pictogrammes (des petites images qui représentent des idées ou des actions, comme des panneaux de signalisation pour les émotions) pour aider les enfants à exprimer ce qu'ils ressentaient.
  • Valorisation de Joël : On l'a mis en avant sur des activités où il était bon. Il adorait les constructions. On lui a demandé d'expliquer comment il avait fait ses tours. Ça lui a donné de la confiance, et les autres ont vu qu'il avait des talents.
  • Cadre clair : On a rappelé les règles du vivre-ensemble. Que personne n'avait le droit de dire "T'es bête" ou de repousser un camarade. Avec fermeté, mais sans dramatiser. "Dans notre classe, on se parle avec gentillesse. On ne dit pas de gros mots et on ne pousse pas les copains."
  • Lien avec les parents : J'ai suggéré à l'enseignante de discuter avec les parents de Maëlys pour comprendre ce qui se passait. Souvent, ces comportements sont le reflet de ce qu'ils vivent ou entendent à la maison. L'idée n'est pas de juger, mais de comprendre et d'aider.
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

On a aussi mis en place un coin calme (un espace doux et sécurisant où l'enfant peut se retirer s'il est trop stimulé ou s'il a besoin de faire une pause) dans la classe. C'est essentiel, surtout pour les enfants qui ont une hypersensibilité sensorielle. Parfois, le bruit de la classe, les lumières, les odeurs, tout ça peut être trop. Avoir un endroit où se ressourcer, ça peut éviter bien des crises.

Les outils qui font la différence

Quand je forme les professionnels, j'insiste beaucoup sur les outils concrets. Le PECS (Picture Exchange Communication System, un système de communication par échange d'images) ou le MAKATON (une méthode de communication qui utilise des signes, des pictogrammes et la parole) ne sont pas réservés qu'aux enfants avec autisme. Ils peuvent aider tous les enfants à exprimer leurs besoins, leurs frustrations, leurs joies.

Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table
Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

Un enfant qui arrive à dire avec un picto "Je suis triste" ou "Arrête !" aura moins de chances de se laisser faire, ou d'exploser de frustration. C'est de la prévention active.

Ce que j'ai appris au fil de mes 20 ans de carrière, c'est que la prévention commence par l'observation attentive, la compréhension des besoins de chaque enfant, et une communication ouverte avec les parents. Le harcèlement n'est pas une fatalité. Même à la maternelle, on peut et on doit agir.

La Martinique, la Guadeloupe, nos îles regorgent de professionnels passionnés. Mais parfois, on se sent seuls face à ces situations complexes. C'est pour ça que je suis là. Pour partager, échanger, et donner des clés concrètes.

Si vous avez envie d'aller plus loin, d'échanger sur ces sujets, ou de programmer un temps de formation pour votre équipe, n'hésitez pas à m'envoyer un message. On peut toujours discuter autour d'un bon café antillais. Ça me fera plaisir de partager mon expérience avec vous.

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Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.