Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

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« On n'est pas formés pour ça » : la phrase que j'entends le plus souvent

1 mai 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Grégory Alphonse, un homme dont l'expérience en maison d'accueil spécialisée, s'étendant sur dix-sept années, a forgé une compréhension profonde de l'humain face aux troubles du neurodéveloppement. Désormais formateur passionné en Martinique et Guadeloupe, il a touché le cœur de plus de 1000 professionnels, souvent confrontés à l'aveu déchirant : « On n'est pas formés pour ça. » Avec chaleur et simplicité, Grégory partage des cas poignants comme celui de Kylian, 3 ans, dont les stéréotypies et hypersensibilités alarmaient son éducatrice Maëva, et celui de Lyana, dont l'écholalie et le retrait social déconcertaient son assistante maternelle Amélie. Il explique sans jargon que son rôle n'est pas de diagnostiquer, mais de repérer, observer et adapter. Il a ainsi enseigné l'usage des PECS, du MAKATON, et les adaptations nécessaires pour le TDAH de Théo, transformant des situations désespérées en victoires. Chaque histoire est une nouvelle illustration de son approche centrée sur l'humain. Grégory Alphonse est un pont entre le désarroi et la compréhension, un guide qui éclaire le chemin vers une meilleure prise en charge des TND. N'hésitez pas à échanger avec lui pour découvrir comment ses formations peuvent vous aider.

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"On n'est pas formés pour ça" : la phrase que j'entends le plus souvent

Ah, cette phrase… "On n'est pas formés pour ça". Je l'ai entendue des centaines de fois, que ce soit en Martinique, en Guadeloupe, dans les crèches, les écoles, les centres de loisirs ou même chez des parents désemparés. Et vous savez quoi ? Chaque fois, elle me touche en plein cœur, parce que je sais la détresse qu'elle cache. La détresse de professionnels qui veulent bien faire, mais qui se sentent démunis face à des situations qu'ils ne comprennent pas toujours.

Les débuts : la réalité du terrain

J'ai passé 17 ans de ma vie en maison d'accueil spécialisée. Dix-sept ans ! Autant vous dire que j'en ai vu, des histoires. Des parcours cabossés, des familles épuisées, des professionnels à bout. J'ai accompagné des adultes avec des handicaps sévères, des troubles du neurodéveloppement complexes. C'est là que j'ai appris le plus important : l'humain. Toujours l'humain en premier.

Et puis, il y a trois ans, j'ai eu envie de porter mon expérience ailleurs. De la partager. J'ai monté ma petite structure, et depuis, je jongle entre les domiciles, les écoles, les centres de loisirs. Je fais du soutien à la parentalité avec le CCAS de Saint-Joseph, un super boulot, croyez-moi ! Et puis, il y a l'association Les Jardins d'OPIPA, où l'on fait des choses incroyables pour les familles. Plus de 1000 professionnels formés depuis, ça me remplit de fierté. Et chaque rencontre, c'est une nouvelle histoire, un nouveau défi.

Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

L'exemple de Maëva et Kylian

Je me souviens de Maëva, une éducatrice en crèche à Fort-de-France. Elle m'appelle un matin, la voix un peu tremblante. "Grégory, j'ai un petit, Kylian, 3 ans. Il ne parle pas, il ne joue pas avec les autres. Il passe ses journées à faire tourner les roues des petites voitures, toujours les mêmes. Et quand on essaye de le stopper, il se met à hurler, à se taper la tête. On n'est pas formés pour ça !" Elle avait les larmes aux yeux, la pauvre. Le chef de section était là, il hochait la tête, un peu perdu lui aussi.

Kylian, avec ses gestes répétitifs (on appelle ça des stéréotypies, des mouvements ou des sons qu'une personne fait encore et encore, sans but précis), son retrait social, son absence de langage... Tout ça, ça hurlait "alerte TND". Mais Maëva n'avait pas les outils pour le comprendre, ni pour l'accompagner. Et c'est normal ! Personne ne leur avait appris ça pendant leur formation initiale.

On a passé un après-midi ensemble. J'ai observé Kylian dans son environnement, sous le ventilateur qui brassait l'air chaud de la salle de jeux. J'ai vu ses hypersensibilités (une réactivité très forte à certains bruits, lumières, textures, saveurs, comme si tout était amplifié pour lui). Le bruit des enfants qui courent, les lumières vives du néon, le contact d'une certaine matière sur sa peau… tout ça pouvait le submerger.

On a mis en place des choses simples. Un coin calme avec des coussins, loin du passage. Des casques anti-bruit. On a introduit les PECS (Picture Exchange Communication System), un système de communication par échange d'images, pour l'aider à s'exprimer sans les mots. Au début, c'était juste pour demander de l'eau ou un jouet. Et croyez-moi, la première fois qu'il a tendu une image pour demander son petit train, Maëva a pleuré de joie. C'était une petite victoire, mais une victoire énorme !

Mains d'un adulte tenant la main d'un tout-petit
Mains d'un adulte tenant la main d'un tout-petit

Comprendre pour mieux agir

Ce que je répète souvent, c'est que repérer n'est pas diagnostiquer. Un professionnel de l'accompagnement n'est pas là pour poser un diagnostic médical. Ça, c'est le rôle du médecin, du pédopsychiatre. Notre rôle, c'est d'être vigilant, d'observer, de comprendre les comportements, et de mettre en place des adaptations pour le bien-être de l'enfant ou de l'adulte.

Prenez le cas d'Amélie, à Sainte-Anne. Une assistante maternelle formidable, mais qui se sentait dépassée par la petite Lyana. Lyana ne réagissait pas à son prénom, passait ses journées à aligner les objets, et quand elle était contrariée, elle répétait en boucle les mêmes phrases entendues à la télé (c'est ce qu'on appelle l'écholalie, une répétition de mots ou de phrases, parfois sans en comprendre le sens). C'était épuisant pour Amélie, qui pensait mal faire. "Elle m'ignore, Grégory, elle m'ignore !"

On a discuté longuement autour d'un café glacé. Je lui ai expliqué que Lyana n'ignorait pas Amélie volontairement. Ces comportements étaient probablement liés à un TSA (Trouble du Spectre de l'Autisme), un trouble neurodéveloppemental qui affecte la communication, les interactions sociales et le comportement. On a travaillé sur la communication visuelle, des repères dans le temps, des routines prévisibles. Amélie a appris à utiliser le MAKATON (un programme de communication qui combine la parole, les signes et les symboles) pour donner des consignes claires et structurées à Lyana. En quelques semaines, Lyana était moins anxieuse, et Amélie, beaucoup plus sereine.

Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table
Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

Les défis du TDAH

Et que dire du TDAH (Trouble du Déficit de l'Attention avec Hyperactivité) ? Le petit Théo, 8 ans, en CE2 à l'école de Basse-Terre. Son enseignante était à bout. "Il ne tient pas en place, il ne finit jamais rien, il perturbe toute la classe !" En classe, il ne restait pas assis plus de 5 minutes, se levait, interpellait ses camarades, et oubliait systématiquement ses affaires. Sa maman, Cynthia, me contacte, désespérée. Elle avait déjà été convoquée trois fois par la direction.

Je suis allé observer Théo en classe. J'ai vu l'énergie débordante, la difficulté à se concentrer sur une seule tâche. Ce n'était pas de la mauvaise volonté, c'était une difficulté neurologique. On a mis en place des aménagements simples : un poste de travail isolé, des pauses régulières pour bouger, des rappels visuels pour les tâches à accomplir. J'ai expliqué à l'enseignante que le TDAH n'est pas une question de discipline, mais de fonctionnement cérébral différent. En comprenant cela, on peut adapter notre pédagogie, notre manière d'interagir. Cynthia a même intégré un groupe de soutien à la parentalité que j'anime, pour échanger avec d'autres parents qui vivent les mêmes défis.

Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche
Feutres et crayons de couleur posés sur une table de crèche

Former pour donner des clés

Ma passion, c'est de donner des clés. Des outils concrets, applicables tout de suite, sur le terrain. Pas de grands discours compliqués, mais du pratico-pratique. Les professionnels sont souvent isolés, débordés. Ils ont besoin de se sentir soutenus, compris. Ils ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas seuls face à ces situations. Que ce soit pour comprendre les particularités sensorielles, mettre en place des outils de communication alternative ou gérer les crises de comportement, il y a toujours une solution, ou du moins, une manière d'améliorer les choses.

Je me revois, un soir, rentrant chez moi après une journée intense. La pluie de saison tambourinait sur le toit, et je pensais à tous ces visages que j'avais croisés, ces questions qu'on m'avait posées. Et cette phrase, encore et toujours : "On n'est pas formés pour ça". Eh bien, mon objectif, c'est justement de changer ça. De faire en sorte que plus personne n'ait à la prononcer, ou du moins, qu'elle soit suivie d'un "…mais Grégory nous a aidés !"

Si vous aussi, vous avez cette impression de manquer de ressources, si votre équipe d'accueil se sent démunie face au handicap ou aux TND, ou si vous souhaitez simplement échanger sur des pratiques, n'hésitez pas. Un simple message et on pourra discuter de la manière dont je peux accompagner votre équipe pour une formation adaptée à vos besoins. On trouvera des solutions, ensemble, comme on l'a toujours fait ici, sous le soleil des Antilles.

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Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.