Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

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Quand l'équipe n'est pas d'accord sur un enfant

28 juin 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Conteur d’expérience et fin observateur, Grégory Alphonse, formateur en troubles du neurodéveloppement, nous emmène sous le soleil antillais pour une histoire parlante. Après dix-sept ans en Maison d'Accueil Spécialisée, il partage une situation classique mais toujours délicate : la mésentente d’une équipe autour d’un enfant. Il nous présente Tiago, un petit garçon de trois ans aux comportements évocateurs d’un TSA, et l'équipe de sa crèche, divisée entre l'approche affective de Madame Joëlle et la vision structurée de Kévin. Grégory, avec son regard expert, dénoue les tensions en validant chaque point de vue, puis en expliquant simplement les spécificités de Tiago, comme l'écholalie ou l'hypersensibilité auditive. Il propose alors un projet d'accueil personnalisé et partagé, transformant les dissensions en actions concrètes et harmonieuses, comme l'utilisation de pictogrammes ou la création d'un coin calme. Son approche est une invitation à la compréhension et à la cohésion, toujours au service de l'enfant. Et si vous avez vécu des situations similaires, Grégory sera ravi d'échanger avec vous.

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L'histoire de Tiago : quand les regards divergent

Ah, la Martinique ! Le soleil qui tape, le vent chaud, et les défis du quotidien qui se présentent, même sous les cocotiers. Vous savez, après 17 ans en Maison d'Accueil Spécialisée et maintenant à vadrouiller de Saint-Joseph à Basse-Terre en passant par le Lamentin, j'en ai vu des situations. Et celle que je vais vous raconter, elle est classique, mais toujours aussi délicate à gérer : quand l'équipe n'est pas d'accord sur un enfant.

Imaginez : une petite crèche, ici, à Fort-de-France. Le ventilateur tourne à fond, mais la chaleur est quand même écrasante. J'arrive pour une observation, on m'a appelé pour Tiago, 3 ans. Un petit bonhomme avec des yeux malicieux, mais qui passe ses journées à aligner les petites voitures plutôt qu'à jouer avec les autres. Il parle peu, parfois répète les mots que les adultes disent, ce qu'on appelle l'écholalie (comme un écho, il répète, il ne communique pas toujours avec ses propres mots). Et puis, il y a ses mains qu'il agite devant ses yeux quand il est content ou agité, ce sont des stéréotypies (des gestes répétitifs, souvent pour s'auto-stimuler ou se calmer, un peu comme on se ronge les ongles, mais en plus marqué). Des petits signes qui peuvent évoquer un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA), mais attention, on ne diagnostique jamais sur quelques observations, surtout moi qui ne suis pas médecin ! Mon rôle, c'est de repérer, d'accompagner, de suggérer des adaptations.

Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

Les deux camps : un classique !

Je suis là, le cahier d'observation en main, et je sens la tension dans l'air. L'équipe, en apparence soudée, est en réalité divisée sur Tiago. D'un côté, il y a Madame Joëlle, une auxiliaire de puériculture avec des années d'expérience. Pour elle, "Tiago est juste un peu timide, un peu dans son monde. Il faut le laisser tranquille, il se développera à son rythme. Il a juste besoin d'amour, comme tous les enfants !" Elle le prend souvent sur les genoux, lui chante des comptines. Son cœur parle, et on ne peut pas lui en vouloir.

De l'autre côté, il y a Kévin, le jeune éducateur de jeunes enfants. Fraîchement diplômé, il a une approche plus structurée. "Non, mais vous ne voyez pas ? Il ne regarde pas quand on l'appelle, il ne joue pas de façon fonctionnelle avec les jouets. Il ne répond pas aux sollicitations ! Il faut le stimuler, lui proposer des activités précises, le sortir de son isolement !" Kévin est un peu frustré, il sent que ses tentatives pour interagir avec Tiago sont vaines.

Et entre les deux, la directrice, Madame Élodie. Elle est là, un peu dépassée, essayant de calmer le jeu, de trouver un consensus. "Mais comment faire ? On ne peut pas avoir deux visions si différentes ! Les parents sont perdus, nous sommes perdus !"

C'est la situation typique, non ? On l'a tous vécue. Chacun est convaincu d'agir pour le bien de l'enfant, mais la cohésion de l'équipe en prend un coup, et c'est Tiago qui risque d'en pâtir, baladé entre des approches contradictoires.

Quand l'observation éclaire la situation

J'ai passé une matinée avec eux. J'ai observé Tiago, oui, mais j'ai surtout observé l'équipe, leur façon d'interagir avec lui et entre eux. J'ai vu le visage de Joëlle s'illuminer quand Tiago lui a tendu un petit cube rouge (une fois, un signe fugace d'interaction). J'ai vu la frustration de Kévin quand Tiago s'est mis à aligner les mêmes cubes, ignorant l'invitation au jeu de construction qu'il lui proposait.

Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table
Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table

L'après-midi, on s'est posés. La pluie de saison tambourinait sur le toit, créant une ambiance un peu plus intime. J'ai commencé par valider le ressenti de chacun. C'est essentiel. "Madame Joëlle, je comprends votre amour pour Tiago, votre envie de le protéger. Et Kévin, votre souci de le stimuler, de l'aider à progresser, est tout à fait louable. Vous avez tous les deux raison, à votre manière. Le problème, ce n'est pas qui a raison ou tort, c'est comment on harmonise tout ça pour Tiago."

Je leur ai expliqué, avec des mots simples, ce que j'avais repéré : l'écholalie, les stéréotypies, l'intérêt restreint pour les objets. Je leur ai parlé de l'hypersensibilité auditive que certains enfants peuvent avoir (c'est-à-dire que certains sons, même faibles, peuvent leur faire très mal aux oreilles, comme si on était à côté d'un marteau-piqueur), et comment le bruit de la cour de crèche pouvait être une véritable agression pour Tiago.

Construire un projet d'accueil commun

C'est là que j'ai proposé de travailler sur un projet d'accueil personnalisé. Pas un document figé, mais une feuille de route, un ensemble de stratégies concrètes et adaptées à Tiago, et surtout, partagées par toute l'équipe. C'est la base d'une bonne cohésion.

"On ne peut pas demander à un poisson de grimper à un arbre. On doit lui offrir un environnement où il peut nager." – C'est une de mes citations préférées, et elle s'applique parfaitement ici.

On a commencé par des choses simples. Pour Joëlle, l'idée n'était pas d'arrêter les câlins, mais de les accompagner de mots simples, clairs, et de l'aider à verbaliser les actions. Pour Kévin, on a orienté ses stimulations vers les intérêts de Tiago : puisqu'il aime les voitures, on a introduit des jeux de rôle avec les voitures, on a travaillé l'échange par l'objet. On a parlé des pictogrammes (des petites images qui représentent des mots ou des actions, très utiles pour les enfants qui ont du mal à comprendre le langage verbal) pour anticiper les changements, et du MAKATON (un programme qui combine le geste, le signe et la parole pour aider à la communication) pour l'aider à s'exprimer.

Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table
Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

On a aussi mis en place un coin calme avec des coussins et des livres, un endroit où Tiago pouvait se retirer quand le bruit ou l'agitation était trop forte. Un petit coin de paix dans le tumulte de la crèche. Ce n'était pas une punition, mais un refuge, un espace de régulation pour lui.

Les professionnels : le cœur du changement

Ce jour-là, on n'a pas tout réglé, bien sûr. Mais j'ai vu les regards de Joëlle et Kévin changer. Ils ont commencé à se parler différemment. Ils ont compris que leurs approches n'étaient pas opposées, mais complémentaires. Joëlle a pu apporter sa douceur, son empathie, et Kévin sa rigueur, son savoir-faire technique. Et Madame Élodie, la directrice, a retrouvé le sourire. Elle a vu son équipe, malgré les désaccords initiaux, se ressouder autour de l'enfant. C'est ça, la vraie force d'une équipe.

Trois semaines plus tard, je suis repassé. Tiago n'était pas devenu un petit moulin à paroles, non. Mais il répondait plus souvent à son prénom. Il pointait du doigt ce qu'il voulait avec les pictogrammes. Et lors d'un atelier pâte à modeler, il a même échangé un regard avec Kévin, un vrai regard, accompagné d'un petit sourire. Un tout petit pas, mais un immense progrès pour lui et pour l'équipe.

Mains d'enfant explorant le sable blanc à côté d'un coquillage
Mains d'enfant explorant le sable blanc à côté d'un coquillage

Ces moments, où je vois des professionnels se reconnecter, s'adapter, et finalement, faire une vraie différence dans la vie d'un enfant, c'est ce qui me nourrit. C'est la richesse de mon métier, cette capacité à transformer les difficultés en opportunités de grandir, pour l'enfant et pour les adultes qui l'entourent.

Si vous aussi, vous rencontrez des tensions dans votre équipe autour d'un enfant, ou si vous souhaitez approfondir ces sujets d'accompagnement des Troubles du Neurodéveloppement (TND), n'hésitez pas à me contacter. On peut échanger, partager des outils, construire des stratégies ensemble. Un simple message suffit, je suis là pour ça !

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Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.