Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

autisme

L'enfant qui répétait les pubs : comprendre l'écholalie

12 mai 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
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Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Notre Grégory, ce formateur martiniquais dont l'expérience en troubles du neurodéveloppement se compte en années et en milliers de professionnels formés, nous ouvre les portes d'un sujet fascinant : l'écholalie. Il nous raconte Maël, cet enfant de trois ans qui, à la crèche de Sainte-Anne, répondait par des répétitions ou des slogans publicitaires. Ce comportement, souvent perçu comme un signe d'incompréhension, est en réalité une forme de communication, particulièrement fréquente chez les enfants avec des TND comme l'autisme. Grégory explique que l'écholalie, qu'elle soit immédiate ou différée, n'est pas une répétition vide de sens. Au contraire, c'est une stratégie d'apprentissage du langage, une manière de demander, commenter, exprimer des émotions, se rassurer, interagir ou mémoriser. Il insiste sur l'importance d'observer pour comprendre la fonction de ces répétitions. Maël, par exemple, utilisait une pub de lessive en jouant avec l'eau, ou une phrase sur les fruits pour signifier sa faim. Pour accompagner ces enfants, Grégory propose des pistes concrètes et bienveillantes : donner un modèle verbal, utiliser des supports visuels, reformuler, répondre au message plutôt qu'à la forme, et surtout, faire preuve de patience. Son approche chaleureuse et pragmatique nous invite à voir l'écholalie non comme un obstacle, mais comme une porte d'entrée vers la compréhension et la communication. N’hésitez pas à échanger avec lui !

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L'enfant qui répétait les pubs : comprendre l'écholalie

Ah, l'écholalie... Ça, c'est un sujet qui me parle. J'en ai vu des parents lever les bras au ciel, des professionnels se gratter la tête. Pourtant, c'est une porte d'entrée incroyable vers la communication, une fois qu'on a compris comment ça fonctionne.

Je me souviens d'une après-midi, un bon jeudi après la pluie, à la crèche de Sainte-Anne. Le ventilateur brassait l'air moite, et les petits sirotaient leur jus de goyave. Il y avait Maël, un petit bonhomme de trois ans. Maël, il avait cette particularité. Dès que tu lui parlais, il te répondait en répétant tes derniers mots. Ou alors, il sortait une phrase de pub, impeccable, avec l'intonation et tout. Genre, tu lui disais : « Maël, tu veux de l'eau ? » Et lui, il te lâchait : « Tu veux de l'eau ? » Ou alors, il te regardait avec ses grands yeux et te disait : « La lessive qui lave plus blanc que blanc ! » C'était à la fois drôle et un peu déroutant, j'avoue.

Les collègues étaient un peu désarmées. « Il ne nous comprend pas, Grégory ! » me disait une auxiliaire, les sourcils froncés. « On dirait qu'il est dans sa bulle. » Et c'est vrai qu'à première vue, ça peut donner cette impression. Mais l'écholalie, ce n'est pas juste de la répétition bête et méchante. C'est une forme de communication, surtout chez les enfants avec des troubles du neurodéveloppement (TND), comme le trouble du spectre de l'autisme (TSA).

Qu'est-ce que l'écholalie, en fait ?

Alors, pour faire simple, l'écholalie, c'est quand un enfant (ou un adulte) répète des mots ou des phrases qu'il vient d'entendre. Ça peut être tout de suite après, on parle d'écholalie immédiate. Ou ça peut être plus tard, des heures, des jours après, voire des années ! Là, on parle d'écholalie différée. Maël, lui, il faisait un peu des deux, avec ses pubs de lessive qui sortaient de nulle part.

On a tendance à penser que c'est un problème, un signe que l'enfant ne comprend rien. Mais détrompez-vous ! Pour beaucoup d'enfants, c'est une étape dans l'apprentissage du langage. C'est comme s'ils s'entraînaient, qu'ils imitaient pour mieux intégrer. Imaginez un peu, c'est comme nous quand on apprend une nouvelle langue. On répète des phrases, on imite l'accent. C'est un peu ça, mais avec des enjeux différents.

Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table
Cartes de communication par pictogrammes étalées sur une table

Dans le contexte de l'autisme, l'écholalie est très fréquente. Ce n'est pas un diagnostic en soi, attention ! Mais c'est un comportement qu'on observe souvent. Pour ces enfants, le langage peut être un vrai casse-tête. Ils ont du mal à construire leurs propres phrases, à exprimer leurs idées. L'écholalie devient alors une stratégie pour communiquer, pour interagir, ou même pour s'auto-réguler.

Maël et ses messages cachés

Avec Maël, on a commencé à observer attentivement quand il répétait. Ses fameuses pubs, par exemple. On s'est rendu compte qu'il les sortait souvent quand il était en train de jouer avec de l'eau. Tiens donc ! « La lessive qui lave plus blanc que blanc ! » Ça, ça résonnait avec l'eau, les bulles, le savon. Pour lui, c'était peut-être un commentaire sur l'activité, une façon de dire : « Regardez, je fais ça avec de l'eau ! » ou « J'aime bien l'eau ! »

Une fois, il a répété : « Il est l'heure de manger les fruits ! » alors que personne n'avait prononcé cette phrase depuis le matin. On a compris qu'il avait faim et qu'il réclamait sa compote ! Pour lui, cette phrase était associée à la satisfaction d'un besoin. C'était sa manière de formuler une demande.

C'est là qu'on comprend que ces répétitions ne sont pas vides de sens. Elles ont une fonction :

  • Demander quelque chose : comme Maël et sa compote.
  • Commenter une situation : la pub de lessive avec l'eau.
  • Exprimer une émotion : parfois, une phrase répétée peut vouloir dire « Je suis content » ou « J'ai peur ».
  • Se rassurer : pour certains enfants, répéter des phrases familières, c'est comme un doudou verbal, ça les calme.
  • Interagir socialement : même si ça ne nous semble pas logique, répéter ce que l'autre dit, c'est une forme de tour de parole.
  • Mémoriser : c'est une stratégie d'apprentissage du langage.
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

Comment accompagner un enfant qui présente de l'écholalie ?

Mon premier conseil, c'est toujours : observer. Avant de vouloir corriger, essayez de comprendre la fonction de cette écholalie. Quand l'enfant répète ? Dans quelles situations ? Que se passe-t-il juste avant et juste après ? Tenez un petit carnet, même quelques jours, ça peut vous donner des indices précieux.

Une fois que vous avez des pistes, vous pouvez agir :

1. Donner un modèle verbal : si Maël répète « Tu veux de l'eau ? » pour dire qu'il en veut, je peux lui répondre en reformulant : « Oui, tu veux de l'eau. Dis : 'Je veux de l'eau.' » Et je lui tends le verre. Je lui offre le bon modèle, sans le forcer, juste en lui montrant le chemin. 2. Utiliser des supports visuels : Pour Maël, on a commencé à utiliser des pictogrammes. Des images pour représenter « boire », « manger », « jouer ». On lui montrait l'image de l'eau en disant « eau ». Petit à petit, il a commencé à pointer l'image pour demander, et ça a aidé à diminuer l'écholalie. 3. Reformuler et étayer : Si l'enfant dit « Le chat a un chat ! » en montrant un chat. Je peux dire : « Oui, c'est un chat ! Le chat noir. » J'ajoute de l'information, je lui donne des mots pour s'exprimer plus précisément. 4. Répondre au message, pas à la forme : Si l'enfant demande « Tu veux de l'eau ? » pour en avoir, donnez-lui de l'eau. Il communique son besoin, c'est le plus important. Ensuite, vous pouvez travailler la forme. 5. Être patient et bienveillant : C'est un long chemin. L'écholalie ne disparaît pas du jour au lendemain. C'est une étape, et elle peut s'atténuer avec un accompagnement adapté.

Mains d'un adulte tenant la main d'un tout-petit
Mains d'un adulte tenant la main d'un tout-petit

Je me souviens de la maman de Maël, une femme courageuse de Fort-de-France. Au début, elle était désemparée. Elle avait l'impression de ne pas comprendre son enfant. Mais petit à petit, en observant, en changeant sa manière d'interagir, elle a vu Maël faire des progrès incroyables. Il a commencé à utiliser des mots isolés, puis des petites phrases. C'était une victoire pour toute la famille !

L'écholalie, c'est un indice. C'est comme un panneau de signalisation qui nous dit : « Regardez ici, il y a quelque chose à comprendre sur la façon dont cet enfant communique. » Ce n'est pas une fatalité. C'est une opportunité d'adapter notre approche et d'offrir à l'enfant les outils dont il a besoin pour s'exprimer.

Et n'oubliez jamais : repérer n'est pas diagnostiquer. En tant que professionnels, notre rôle est d'observer, d'accompagner, et d'orienter vers les bons spécialistes si besoin. Un orthophoniste, par exemple, pourra affiner l'analyse et proposer un programme de rééducation du langage adapté.

Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière
Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière

Si vous aussi, vous vous posez des questions sur l'écholalie, les stéréotypies (ces mouvements ou sons répétitifs qui n'ont pas de but clair, comme se balancer ou répéter des sons, souvent observés chez les personnes autistes), ou toute autre particularité liée aux TND, n'hésitez pas. J'ai accompagné des centaines de pros et de parents en Martinique et en Guadeloupe. On peut échanger, partager des astuces concrètes, et voir comment je peux vous aider à mieux comprendre et accompagner ces jeunes. Envoyez-moi un message, et on pourra discuter de tout ça autour d'un bon café, ou même en visio si vous êtes un peu loin de ma belle île !

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