Coin calme d'une salle de crèche baigné de lumière d'après-midi

comportement

Une crise de 40 minutes en crèche : comment on a fini par la désamorcer

26 mars 20268 min de lecture
Victoria, la voix qui raconte le résumé de l'article
Audio

Le résumé de l'article

Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.

Voix Victoria

Grégory Alphonse, dont l'expérience de 17 ans en maison d'accueil spécialisée et la formation de plus de mille professionnels attestent d'une expertise reconnue, nous plonge dans le quotidien d'une crèche guadeloupéenne. Observateur attentif, il relate une matinée où une petite fille, Léana, passe d'un comportement stéréotypé à une crise intense de quarante minutes. Face au désarroi des éducatrices, il intervient avec calme et pertinence. Son approche, basée sur l'observation fine et la désescalade sensorielle – éviter les stimulations, proposer un objet apaisant – permet de désamorcer la crise. Ce témoignage souligne l'importance cruciale de comprendre les signaux, même subtils, des enfants. Grégory partage des leçons précieuses sur l'anticipation et la gestion non-verbale des crises, révélant une méthode douce et efficace. Un récit chaleureux qui invite chacun à s'interroger et à échanger avec ce formateur passionnant.

Tous les articles

Une matinée comme les autres… ou presque, à Basse-Terre

Il faisait déjà chaud, comme souvent ici en Guadeloupe, même à 8h du matin. La rosée perlait encore sur les feuilles de balisier et la cour de la crèche de Basse-Terre sentait bon le ti-ponch… non, j'déconne, le désinfectant ! Mais l'ambiance était légère, les enfants commençaient leur journée, gazouillaient, jouaient avec les cubes. On m'avait appelé pour une formation sur la gestion des troubles du comportement, et j'étais là pour observer un peu les équipes, papoter avec elles. J'adore ces moments-là, on apprend toujours tellement du terrain.

Assis sur un petit banc, à siroter mon café (léger, hein, pour pas me retrouver avec la même énergie qu'un enfant de 3 ans sous sucre), j'observais Léana, une petite fille d'environ deux ans et demi. Elle était adorable, avec ses nattes serrées et son sourire facile. Mais aujourd'hui, quelque chose clochait. Elle était en coin, un peu à l'écart, et grattait frénétiquement le bord d'une table en plastique. Une stéréotypie, on appelle ça. C'est un mouvement répétitif, sans but apparent, qui peut être un signe de stress, d'ennui, ou simplement une façon de se réguler pour certains enfants. Léana, on la savait déjà un peu différente, mais elle n'avait pas de diagnostic. Comme je dis toujours, mon rôle c'est de repérer des signaux, pas de poser des étiquettes ! Ça, c'est le travail des médecins spécialisés.

Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table
Mains d'un jeune enfant empilant des cubes en bois colorés sur une table

Quand la goutte d'eau fait déborder le vase

Soudain, une éducatrice, Gentiane, s'approche d'elle pour lui proposer un jeu. Un jeu de construction, avec des petites briques. Léana ne répond pas, continue de gratter. Gentiane insiste un peu, lui tend une brique rouge. Et là… boom. C'est l'explosion. Un cri perçant, les larmes qui montent, le corps qui se raidit. Une crise. Une vraie de vraie. On est passé de la petite fille calme qui gratte sa table à une furie en quelques secondes. Les autres enfants, d'abord surpris, commencent à s'agiter un peu. C'est contagieux, les émotions, surtout chez les tout-petits.

Gentiane, un peu dépassée, essaie de la prendre dans ses bras. Léana se débat comme un beau diable, tape, mordille. La pauvre Gentiane est désemparée. Elle la pose par terre, essaie de lui parler doucement. « Léana, ma chérie, qu'est-ce qu'il y a ? Calme-toi. » Mais rien n'y fait. Les cris redoublent, elle se jette en arrière, se cogne la tête contre le sol. Heureusement, c'est un sol mou, mais quand même. C'est le genre de situation qui met les équipes en tension, et ça se comprend. La gestion émotionnelle, surtout face à une crise pareille, c'est un art.

40 minutes de pure intensité

Je suis resté en retrait un moment, observant la scène. La crèche s'est transformée en champ de bataille sonore. Les autres enfants étaient maintenant bien agités, certains pleuraient de peur. Gentiane et une autre collègue, Fabienne, tentaient tour à tour de la consoler, de la calmer. Elles ont essayé de l'isoler un peu, dans un coin plus tranquille, mais elle ne voulait rien savoir. Elle continuait de hurler, de se rouler par terre. C'est ce qu'on appelle un trouble du comportement, et c'est souvent très impressionnant pour l'entourage. Mais derrière ces manifestations, il y a toujours une raison, même si elle n'est pas évidente.

Ça a duré. Vingt minutes. Trente minutes. Quarante minutes. C'était interminable. Les équipes étaient à bout. Je les sentais découragées. C'est à ce moment-là que j'ai décidé d'intervenir. Non pas pour faire le super-héros, mais pour apporter un regard extérieur et des pistes concrètes. C'est ça aussi, l'intérêt d'avoir un formateur sur place. On peut réagir à chaud.

Coin calme d'une salle de crèche baigné de lumière d'après-midi
Coin calme d'une salle de crèche baigné de lumière d'après-midi

Les pistes pour désamorcer la crise

Je me suis approché doucement de Gentiane et je lui ai dit à voix basse : « Gentiane, essaye de ne plus lui parler. Juste être là, mais sans la stimuler. Et surtout, arrête le contact physique forcé. » Quand un enfant est en pleine crise, le langage et le contact peuvent parfois être des stimuli supplémentaires. On doit d'abord chercher à diminuer les stimulations.

Ensuite, j'ai proposé de chercher quelque chose qui pouvait l'apaiser sensoriellement. J'avais remarqué qu'elle aimait bien gratter. C'était un signe. J'ai demandé si elles avaient un plaid doux, une petite balle à picots, ou même une simple bouteille d'eau un peu lourde. Quelque chose qui pourrait lui offrir une sensation différente, mais non intrusive.

Fabienne, qui avait eu le temps de réfléchir, est revenue avec un petit sac sensoriel qu'elles avaient fabriqué pour un autre enfant : il contenait un doudou en polaire ultra-doux, une petite balle en gel et une couverture lestée. Je lui ai suggéré de juste le poser à côté de Léana, sans rien dire, sans essayer de le lui donner.

Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière
Doudou posé sur un petit lit dans un rayon de lumière

Et là, c'est le miracle. Non, pas le miracle instantané, on n'est pas dans un conte de fées. Mais la crise a commencé à s'apaiser. Léana a d'abord ignoré le sac. Puis, elle a tendu une main, puis l'autre, et a attrapé le doudou. Elle a enfoui son visage dedans. Les cris se sont transformés en sanglots, puis en petits gémissements. Les éducatrices, qui avaient suivi mes conseils en se positionnant à distance mais en étant présentes, ont soufflé. On a attendu. Encore quelques minutes. Et puis, Léana s'est calmée. Complètement.

Les leçons à tirer de cette matinée agitée

Une fois la tornade passée, Gentiane et Fabienne étaient épuisées, mais aussi soulagées. On s'est assis toutes les trois, et on a débriefé. C'est essentiel, ces moments-là. On a parlé de plusieurs choses :

  • L'importance de l'observation : Le fait que Léana gratte la table était un signe. Elle cherchait déjà une régulation sensorielle. Si on l'avait repéré plus tôt, on aurait peut-être pu anticiper et lui proposer un support sensoriel avant que la crise n'éclate.
  • La désescalade : Quand une crise monte, il faut parfois savoir se taire et ne pas rajouter de l'huile sur le feu. Le contact physique peut être perçu comme une contrainte. On doit chercher à diminuer les stimulations, pas à en ajouter.
  • Les supports sensoriels : Pour les enfants avec des particularités sensorielles (et c'est souvent le cas quand on parle de TSA – Troubles du Spectre de l'Autisme, ou d'hypersensibilité), le fait d'avoir des objets adaptés peut faire toute la différence. Ça peut être un coussin lesté, une balle à presser, un doudou particulier… on n'imagine pas l'impact.
  • Le coin calme : La crèche avait déjà un petit coin calme. Mais ce jour-là, Léana n'a pas voulu y aller. Ça arrive ! Parfois, le besoin de s'isoler est trop fort, ou l'enfant n'est pas en capacité d'utiliser cet espace au moment de la crise. L'important est de le proposer régulièrement quand l'enfant est calme, pour qu'il s'approprie l'espace.
  • Le repérage précoce : Cette situation, elle montre l'importance de l'observation fine pour repérer les signes qui pourraient indiquer des TND (Troubles du Neurodéveloppement). Ce n'est pas diagnostiquer, c'est juste noter des particularités et pouvoir orienter les parents si besoin. Un enfant qui est souvent en crise, qui a des difficultés de communication (écholalie – répéter des mots ou phrases sans les comprendre, par exemple, ou pas de langage du tout), des stéréotypies marquées, ce sont des signaux qu'il faut prendre en compte.
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier
Main d'un professionnel notant ses observations dans un cahier

Depuis cette matinée, la crèche a mis en place des petits bacs sensoriels individuels pour certains enfants, avec des objets choisis selon leurs préférences observées. Les éducatrices sont plus attentives aux signaux précurseurs et utilisent des pictogrammes (images pour représenter des actions ou des objets) pour aider à la communication quand c'est possible. Léana, elle, a été orientée vers un pédiatre pour une première évaluation. Ses parents, rassurés par l'accompagnement de l'équipe, ont accepté la démarche.

Ces moments, je les vis régulièrement. Mon expérience de 17 ans en maison d'accueil spécialisée m'a appris l'importance d'une approche individualisée et de la patience. Et mes 3 ans en libéral, à accompagner les familles et les professionnels sur le terrain, m'ont montré que chaque situation est unique, mais qu'il y a toujours des clés pour ouvrir les portes.

Si vous aussi, vous vous retrouvez face à des situations complexes, que vous avez envie de mieux comprendre les troubles du neurodéveloppement, ou que vous souhaitez que votre équipe soit mieux armée face aux crises, n'hésitez pas à me faire signe. Un simple message et on peut échanger pour voir comment je peux vous accompagner. Je suis là pour ça !

trouble du comportementcrisegestion émotionnellecrèche

Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?

Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.