
Le résumé de l'article
Écoutez-le en 2 minutes, raconté par Victoria — ou lisez-le juste en dessous.
Grégory Alphonse est un formateur passionné en troubles du neurodéveloppement, fort de 17 ans d'expérience en maison d'accueil spécialisée et 3 ans en libéral en Martinique et Guadeloupe. Père de deux enfants, il est reconnu pour son approche concrète et chaleureuse. Dans cet article, il partage ses expériences de terrain, notamment comment il utilise la nature antillaise – sable, feuilles et coquillages – pour des activités sensorielles bénéfiques aux enfants avec des troubles du neurodéveloppement comme le TSA ou le TDAH. Il raconte des anecdotes touchantes avec des enfants comme Noémie et Kévin, expliquant comment ces éléments naturels aident à la régulation sensorielle et au développement des compétences. Grégory insiste sur l'importance de l'observation et de l'adaptation, et sur le fait que son rôle est d'accompagner sans diagnostiquer. Il invite les professionnels et les structures intéressées à le contacter pour des formations ou des échanges.
La richesse insoupçonnée de la nature antillaise pour l'éveil sensoriel
Ah, la Martinique ! Le soleil, la mer, la chaleur... et la pluie, parfois, une pluie chaude qui fait pousser la végétation à une vitesse folle. C'est dans ce décor que j'ai la chance de travailler, et je peux vous dire, chers collègues, que la nature ici est une alliée incroyable pour les enfants avec des troubles du neurodéveloppement (TND). Vous savez, ceux que la vie a doté d'une façon un peu différente de percevoir le monde.
J'ai passé 17 ans en maison d'accueil spécialisée, à Fort-de-France, puis 3 ans en libéral, à courir entre Le Lamentin et Sainte-Anne. J'ai vu pas mal de choses, et une chose est sûre : le bureau, c'est bien, mais la nature, c'est mieux, surtout ici.
Un après-midi à la plage avec Ti-Manmay
Je me souviens de Noémie, une petite fille de 5 ans avec un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA) – vous savez, quand le cerveau traite l'information un peu différemment, ce qui peut rendre les interactions sociales ou la communication compliquées. Noémie était très sensible aux sons et aux textures. Les parcs de jeux classiques, c'était l'enfer pour elle : trop de bruit, trop de monde, trop de stimulations.
Sa maman, Chantal, était un peu désespérée. Elle me dit un jour : « Grégory, on a essayé tous les jeux, toutes les activités. Elle reste dans son coin, à jouer avec un caillou. » Je lui ai répondu : « Eh bien, on va jouer avec des cailloux alors, mais en grand ! »
On est allés à la plage de l'Anse Mitan. Le soleil tapait doucement, la brise légère caressait les cocotiers. J'avais juste pris un petit sac en toile. On s'est assis un peu à l'écart, là où le sable était fin et chaud.

Je me suis mis à creuser un petit trou, et Noémie m'observait. Au début, elle ne voulait pas toucher le sable. C'est normal, l'hypersensibilité tactile, c'est courant chez certains enfants avec TND. La sensation du sable peut être vécue comme une agression. Mais je ne l'ai pas forcée. J'ai continué, je me suis amusé à laisser le sable couler entre mes doigts, à faire de petits monticules. Je décrivais ce que je faisais, avec des mots simples : « Oh, le sable est doux... Il coule comme l'eau... Il est chaud, comme le soleil. »
Au bout d'un moment, Noémie a tendu un doigt. Juste le bout. Puis un peu plus. Elle a commencé à imiter mes mouvements. Elle a enfoui ses mains, puis ses pieds. Son visage s'est détendu. C'était magique. Le sable, avec sa texture si particulière, tantôt fin et sec, tantôt humide et collant, offre une stimulation sensorielle très riche. On a ramassé des coquillages, des petits morceaux de bois flotté. Je l'invitais à les décrire : « Regarde ce coquillage, il est lisse, il est doux... et celui-ci, il est rugueux, avec des petits picots. »
« Le diagnostic, c'est une étiquette pour les pros. Pour l'enfant, c'est juste une façon d'être. Et notre boulot, c'est de trouver la clé pour ouvrir sa porte. »
La forêt tropicale, un monde de sensations
Une autre fois, j'étais avec Kévin, un gamin de 8 ans avec un Trouble Déficit de l'Attention avec Hyperactivité (TDAH). Vous savez, ce truc où le cerveau a du mal à se concentrer, à gérer l'impulsivité. Kévin était toujours en mouvement, il avait du mal à rester assis plus de deux minutes.
On est allés dans la forêt de Balata, près de Fort-de-France. La Martinique, ce n'est pas que la plage ! La forêt tropicale, c'est une explosion de vert, de bruits, d'odeurs.

Au début, Kévin courait partout. Il touchait tout, tirait sur les feuilles. C'était épuisant pour sa mère, Adeline, qui avait l'impression de passer son temps à le rappeler à l'ordre. Mais au lieu de le freiner, j'ai canalisé son énergie. Je lui ai donné une mission : « Kévin, aujourd'hui, tu es un explorateur. On va chercher cinq feuilles différentes. Et tu dois les ramener sans les déchirer, et les décrire. »
On a trouvé des feuilles géantes, des feuilles toutes petites, des feuilles lisses, des feuilles velues. Il a dû se concentrer, regarder, toucher. On a marché sur des racines, des sentiers boueux (oui, même en forêt, il fait chaud, mais la boue, ça arrive !). Il a écouté le chant des oiseaux, le bruit du vent dans les feuilles, le craquement des branches sous nos pieds. Toutes ces stimulations naturelles, non agressives, l'ont aidé à se centrer.
On a ramassé des petites fleurs d'hibiscus tombées au sol, des feuilles de fougère. On a fait une sorte de tableau sensoriel éphémère sur une pierre plate. Il était tellement fier de sa collection. Pour Kévin, qui avait du mal à organiser ses pensées, cette activité l'a aidé à structurer son exploration, à catégoriser les informations. C'est une forme de PECS (Picture Exchange Communication System – un système de communication par échange d'images), mais avec la nature ! Ou un début de MAKATON (un programme de langage par signes et pictogrammes), quand on nomme chaque élément qu'il trouve.

Des activités sensorielles simples, mais puissantes
Vous voyez, pas besoin de matériel sophistiqué. La nature offre tout ce qu'il faut.
- Le sable : Pour la motricité fine (creuser, modeler), la stimulation tactile, la régulation sensorielle. On peut y cacher des objets, faire des empreintes.
- Les feuilles : Pour l'exploration visuelle, tactile, l'odorat. Les classer par taille, couleur, texture. Les froisser pour le son.
- Les coquillages, les cailloux, les morceaux de bois flotté : Pour la préhension, la manipulation, le tri. Les observer, les comparer.
- L'eau de mer : Pour la stimulation tactile et proprioceptive (la sensation de son corps dans l'eau). Le bruit des vagues est souvent apaisant.
Ces activités permettent aux enfants de mieux comprendre leur environnement et de développer leurs sens de manière ludique et naturelle. Et ce n'est pas que pour les enfants avec TND ! C'est bon pour tous les petits.
L'importance de l'observation et de l'adaptation
Ce qui est crucial, c'est l'observation. Regardez comment l'enfant réagit. Est-ce qu'il cherche le contact ? Est-ce qu'il l'évite ? Est-ce qu'il est fasciné par un détail ? C'est ça notre travail. Repérer, sans jamais diagnostiquer. Un professionnel ne diagnostique pas, il accompagne, il observe. Le diagnostic, c'est le boulot des médecins. Notre rôle, c'est de comprendre ce qui se passe pour l'enfant et de trouver des stratégies pour l'aider à s'épanouir.
Je me souviens d'un petit gars, Yannis, à Basse-Terre, qui avait des stéréotypies – vous savez, ces mouvements répétitifs, comme balancer son corps ou faire tourner un objet. Il était fasciné par l'eau. On est allés près d'une petite rivière, là où l'eau était calme. Il a passé des heures à jeter des petits cailloux, à regarder les ronds dans l'eau. C'était sa façon de se réguler, de trouver un calme intérieur.

Et la chaleur ? Et les moustiques ? Oui, ce sont des facteurs à prendre en compte. On cherche des coins ombragés, on prévoit de l'anti-moustique naturel, on s'hydrate beaucoup. Le ventilateur, ici, c'est une institution, même dehors ! Mais croyez-moi, les bénéfices de cette immersion sensorielle dépassent de loin les petits inconvénients.
En fin de compte, que ce soit le sable chaud, les feuilles de balisier ou le bruit des vagues, la nature antillaise est une ressource inestimable. Elle nous offre un cadre authentique, riche en stimulations sensorielles, qui aide nos enfants à explorer, à comprendre et à interagir avec le monde à leur propre rythme.
Si vous avez envie d'en savoir plus sur comment intégrer ces approches dans vos pratiques, ou si vous êtes une association, une école, une crèche en Martinique ou en Guadeloupe et que vous souhaitez former vos équipes à ces spécificités, n'hésitez pas à me laisser un petit message. J'adore échanger sur ces sujets passionnants !
Une situation qui ressemble à celle-ci dans votre structure ?
Décrivez-la moi en deux lignes : je vous dis franchement si une formation, une intervention ponctuelle ou un simple échange suffira.
